L’esprit de Philadelphie. La justice sociale face au marché total
Les sociétés constituent leur droit, qui les façonne en retour, pour qui veut bien voir que le droit ne se limite pas à une « tuyauterie de normes », sortie de nulle part, et dont les incidences ne devraient pas être analysées par l’esprit critique. C’est en (...)
Dans cet article de la revue consacrée à Marx, Olivier Bobineau soutient une thèse audacieuse : la longévité de l’institution catholique, selon lui « le plus long exercice de pouvoir de l’histoire humaine », aurait pour origine l’articulation spécifique et radicale qu’elle opère (sa « dialogie fractale ») entre Instituant et Institué, c’est-à-dire entre agapè et pouvoir politique. Etienne Autant récuse les termes dans lesquels Bobineau pose son problème. Ses arguments sont, d’une part que l’Église catholique n’a pas le monopole de la longévité, d’autre part que la dynamique institutionnalisante de l’Instituant et de l’Institué se situe en réalité au cœur de la vie de toute institution et donc – ajouterions-nous – de sa manière de routiniser le charisme (Weber) ou encore de réguler le don (Mauss). (FG)
Il semble exister une certaine universalité de la règle d’or, qui stipule : « Do as you would be done by ». Ou encore, selon l’évangile selon Mathieu (VII, 12) : « Tout ce que vous voudriez que les hommes vous fassent, faites-le vous-même pour eux ». Quel rapport entre la règle d’or, la réciprocité et le don, ce roc de la morale éternelle selon Mauss ?
Le don aux exilés tibétains par les Français constitue une forme intermédiaire ou hybride entre le don moderne anonyme (don de sang notamment étudié par Jacques T. Godbout) et le don personnalisé, la personnalisation étant ici un ressort important légitimant l’authenticité de la démarche tout en permettant, puisque médiatisé, une modulation des degrés d’engagement avec le récipiendaire, sa famille et sa communauté. Le don lie, et on voit ce lien agir doublement ici même si l’angle privilégié est l’étude du donateur : une réelle implication avec le récipiendaire est risquée, elle peut mener à une déception à son égard s’il ne répond pas aux attentes (aller à l’école), ou encore le donateur peut-il sentir que le récipiendaire en profite pour vouloir plus. D’un autre côté, le don renforce le déséquilibre Nord-Sud (ou ici Ouest-Est) en plaçant le récipiendaire dans un rôle inférieur, déséquilibre que l’on tente de minimiser par le contre-don d’une information personnalisée renouvelée sur le sort du récipiendaire et de sa famille. Voici quelques unes des réflexions à laquelle nous convie Julie Humeau, doctorante en anthropologie à l’Université Aix-Marseille I/IRSEA. On peut contacter l’auteure à l’adresse suivante humeaujulie@yahoo.fr .
En posant la question du « recevoir » plutôt que du « donner », l’auteur de cet article part du principe que la perception des motivations d’un don par le receveur est au moins aussi fondamentale que celle des motivations effectives, car elle influe directement sur les formes prises par les rapports sociaux. Le propos, qui se fonde sur des données ethnographiques obtenues dans le contexte urbain lao, permettra ainsi d’illustrer les raisons et les conséquences de l’intellectualisation grandissante des rapports sociaux sur le tissu social, c’est-à-dire de la transformation d’une économie de don traditionnelle, fondée sur les statuts sociaux, à une modalité moderne et individualisée du don. A partir de ce point de vue, la réflexion a pour finalité de proposer une typologie des rapports prenant la forme d’un continuum s’étendant entre les deux cas-limite que sont l’échange marchand et le don purement gratuit. Pour contacter l’auteur : leolienne@hotmail.com
Comment penser les caractéristiques du religieux aujourd’hui au-delà des constats de fragmentation et d’éclatement ? Recensant les grandes caractéristiques de la religiosité actuelle en Occident (le religieux vécu, en somme), il en ressort qu’il faille penser les mutations des dernières décennies en fonction de l’avènement de la société de consommation. En reprenant Charles Taylor, François Gauthier soutient que la société de consommation, en tant que rapport et processus social, a radicalisé le tournant subjectif moderne dans nos sociétés, transformant profondément le paysage religieux. L’auteur introduit également aux travaux de Raymond Lemieux et reprend la notion féconde « d’itinéraire de sens » pour dégager la cohérence des pratiques contemporaines.
Alain Boyer discute ici les thèses principales de Jean-Pierre Dupuy, et notamment ses positions sur John Rawls.
L’œuvre de Karl Polanyi (1886-1964) s’inscrit dans la première partie du XXe siècle, marquée par des catastrophes majeures et par l’effacement de la société de marché qui avait pris forme au XIXe siècle. Ces grandes ruptures ont constitué le défi intellectuel auquel Karl Polanyi a tenté de répondre.
La RDMP publie ici une lettre inédite du sociologue et philosophe Michel Freitag, décédé en novembre dernier, à Alain Caillé. Dans une langue plus libre et accessible, l’auteur répond à un texte de ce dernier [« Ni holisme ni individualisme méthodologiques. Marcel Mauss et le paradigme du don », publié in La Revue du MAUSS semestrielle n°8, 1996. Ce texte, très légèrement modifié, forme les trois premiers chapitres de Anthropologie du don. Le tiers paradigme, DDB, 2000 et La découverte/Poche, 2007] et se défend contre l’étiquette de penseur holiste. M. Freitag insiste dans ce texte sur la divergence qu’il voit avec la pensée de son correspondant et les travaux du MAUSS, tant au niveau de la méthode que des prémisses. Divergences qui reposent toutefois sur des conceptions différentes du holisme, notamment. L’auteur critique plusieurs arguments de son correspondant et pose plusieurs questions importantes qui en appellent sans doute à une réponse. La RDMP aimerait remercier tous ceux, et ils sont nombreux, notamment à l’Université du Québec à Montréal, qui ont contribué à la mise en forme de ce texte – que l’on croyait perdu à jamais car sauvegardé sur une très ancienne version de traitement de texte. Comme quoi la dématérialisation des supports n’est en rien gage de postérité. (F.G.)
On lira à la fin de ce texte une brève réponse de Alain Caillé.
Sur Michel Freitag, cf. par exemple : http://www.journaldumauss.net/spip....
A propos de Merleau-Ponty, Castoriadis, Debord et quelques autres...
En s’appuyant sur Jean-Marie Guyau et Nietzsche, Franck Dubost oppose à l’utilitarisme ambiant une morale vitaliste de la fécondité et de la réciprocité. Après la première, consacrée à J-M. Guyau, on lira ici la seconde partie de sa contribution, dédiée à Nietzsche.
Laurent Gardin propose ici une analyse historique et internationale du concept d’entreprise sociale, et expose les enjeux et les difficultés de sa diffusion en France.
L’objectif de cet article est de montrer comment Karl Polanyi élabore un marxisme à visage humaniste, promouvant une politique de contrôle de l’économie par la démocratie politique. Contrairement à la « sociologie pseudo-marxiste », il ne s’agit aucunement, pour Polanyi, de dénier à la démocratie tout rôle essentiel au motif qu’elle ne serait qu’une simple superstructure du capitalisme. Seule la démocratie politique est en mesure de mettre fin à la détermination des règles politiques par les firmes. Et d’éviter que les populations, mécontentes de la gestion de la crise socio-économique et écologique, ne se tournent finalement vers les solutions autoritaristes.
Le principe d’association a constitué le cœur du projet politique des premiers socialistes, pour lesquels il devait permettre de concilier bonheur individuel et bonheur collectif. Par la coopération libre et volontaire, pensaient-ils, en développant l’association de producteurs ou encore le mutualisme, il deviendra possible d’éviter l’égoïsme individuel tout comme le despotisme du collectif, et, plus globalement, de promouvoir une société démocratique favorisant le plein déploiement des capacités morales de chacun.
A propos des politiques locales de l’économie sociale et solidaire, du rôle des élus en charge de ce portefeuille, des difficultés qu’ils peuvent rencontrer et des futurs défis que ces politiques locales devront relever pour participer à la construction d’une économie plurielle.
Une interview en ligne d’Alain Caillé, sur le site de la Ligue de l’Enseignement dans le cadre du débat sur le modèle associatif