Bouglé. Justice et solidarité
En inscrivant résolument l’œuvre de Célestin Bouglé dans les débats contemporains sur la justice et le pluralisme démocratique, Alain Policar ne revendique pas seulement le choix d’une « lecture au présent » redonnant vie aux idées et aux engagements de l’un des (...)
Le totalitarisme et le présent, à propos de Cédric Lagandré, La Société intégrale
Il semble exister une certaine universalité de la règle d’or, qui stipule : « Do as you would be done by ». Ou encore, selon l’évangile selon Mathieu (VII, 12) : « Tout ce que vous voudriez que les hommes vous fassent, faites-le vous-même pour eux ». Quel rapport entre la règle d’or, la réciprocité et le don, ce roc de la morale éternelle selon Mauss ?
Comment penser les caractéristiques du religieux aujourd’hui au-delà des constats de fragmentation et d’éclatement ? Recensant les grandes caractéristiques de la religiosité actuelle en Occident (le religieux vécu, en somme), il en ressort qu’il faille penser les mutations des dernières décennies en fonction de l’avènement de la société de consommation. En reprenant Charles Taylor, François Gauthier soutient que la société de consommation, en tant que rapport et processus social, a radicalisé le tournant subjectif moderne dans nos sociétés, transformant profondément le paysage religieux. L’auteur introduit également aux travaux de Raymond Lemieux et reprend la notion féconde « d’itinéraire de sens » pour dégager la cohérence des pratiques contemporaines.
Nous reprenons ici la recension critique faite par Alain Caillé lors de la parution de L’énigme du don de Maurice Godelier paru initialement dans la Revue de l’Homme, puis dans Don, intérêt et désintéressement (La Découverte/MAUSS). L’enjeu central du débat repose sur la question des sacra : les objets sacrés, les sacra, pour Godelier, ne sont pas du ressort du don puisque leur particularité est précisément de ne pas être échangés. Voilà qui semble court à deux égards : d’abord, il en va d’une conception du don qui semble se réduire à la réciprocité, à l’échange, ensuite, parce que cette perspective ne voit pas les cycles particuliers du don dans lesquels ces sacra s’inscrivent. C’est dans ce texte qu’Alain Caillé fait mention, pour la première fois, des trois axes du don vertical, transversal et horizontal, le propre de la religion étant de les articuler avec « l’invisible » de chaque société. Une critique à lire avec la recension de Le don du patrimoine de Jean Davallon. F. G.
Peut-être un des effets les plus généraux de la crise de la finance et de l’économie est-elle la perte de la confiance générale dans les institutions. Crise de confiance qui est également la cause de la crise économique. « A qui se fier ? » demandait le numéro 4 de La Revue du MAUSS semestrielle (épuisé mais très bientôt réédité en DVD avec les numéros 1, 2, 3 et 5). La question est de plus en plus d’actualité. Mais l’article (qui ignore trop les travaux du MAUSS...) montre qu’on ne peut même pas se fier aux sciences sociales pour penser la confiance qui demeure largement terra incognita.
Une discussion a agité récemment les milieux Maussiens sur le thème : peut-on se donner à soi-même ? Oui, ont répondu certains en se référant à la masturbation. Mais celle-ci est-elle de l’ordre du don ? Ne serait-elle pas plutôt du côté de l’utilitarisme ? Ceux qui veulent se faire une idée sur la question trouveront ici un argumentaire fouillé.
Une progression pédagogique (classe de Première) qui met en scène le débat entre utilitarisme(s) et antiutilitarisme(s) dans les sciences sociales, et qui interroge l’hypothèse formulée par Marcel Mauss selon laquelle le don constitue le roc de notre économie (le lien économique), de notre droit (le lien politique) et de notre morale (le lien social).
Est-il sûr qu’une société régie par l’égalité des chances et dans laquelle chacun recevrait effectivement ce qu’il mérite soit effectivement désirable ? La société la meilleure ? La plus juste ? Contrairement aux apparences, ne serait-elle pas en fait la plus effrayante, la plus insupportable, comme le suggère l’auteur dans le sillage de la contre-utopie de Michael Young ? On lira ici une analyse particulièrement fouillée et informée de la question. Rappelons, sur le même thème, les analyses de Dominique Girardot dans ses deux articles : Devons-nous mériter notre salaire ?, Revue du Mauss, n° 29, 2007 et Les Apories du mérite, Revue du Mauss, n° 32, 200.
Avec l’aimable autorisation de l’auteur, nous reproduisons ici le prologue et l’introduction de La délicate essence du socialisme, qui vient de paraître aux Editions Le Bord de l’eau. A écouter également, la Fabrique de l’histoire, sur France-culture, à laquelle Philippe Chanial a été invité le 14 janvier dernier : (http://sites.radiofrance.fr/chaines...).
Les thématiques de l’engagement citoyen et de la société civile se sont constituées en véritables topoi politiques dans la lignée des conclusions rendues par la commission parlementaire sur « l’avenir de l’engagement citoyen en Allemagne » en 2002. Le concept « d’engagement citoyen » désigne à la fois un principe d’action et un nouveau paradigme sociopolitique. Il dessine ainsi les contours d’un nouveau contrat social sur la base d’une gouvernance trisectorielle visant à rendre les citoyens acteurs de leur environnement. L’Allemagne commence à mesurer les effets de la mise en application, au niveau politique, du concept d’Engagement citoyen. Des projets audacieux tels que le Réseau Fédéral de l’Engagement Citoyen offrent des résultats prometteurs et parfois inattendus.
On se souvient comme Nicolas Sarkozy a pu fustiger l’esprit de 68 en déclarant vouloir en liquider l’héritage. On a pu, à l’époque, s’étonner d’une telle véhémence de la part du Président. En effet, outre le fait que c’est en grande partie grâce à celui-ci que les libertés individuelles de divorcer ou de se remarier sont aujourd’hui largement mieux tolérées et respectées qu’à l’époque, il est une autre dimension de cet esprit dont Nicolas Sarkozy est probablement redevable : la pensée économique « libertarienne », née, pour sa déclinaison française, de l’improbable union entre l’esprit frondeur et libertaire de 68 et l’économie de marché [3].
L’essentiel de la discussion sur le don via internet se concentre généralement sur les logiciels libres et sur wikipedia. Mais l’échange des logements via couchsurfing, que l’auteur analyse ici en se fondant sur une enquête ethnographique, prend une ampleur étonnante. Une autre forme de don entre étrangers.
Marcel Mauss s’interroge en 1904 sur le socialisme des coopératives, dans un contexte de débats entre libéralisme, socialisme et solidarisme.
A suivre Jean-Louis Prat, Cornelius Castoriadis a entretenu des rapports critiques vis-à-vis de l’anarchisme, en contestant, pour le principal, son refus de toute médiation politique susceptible de faire avancer la société sur la voie de l’autonomie, ainsi que son individualisme, « signe extérieur d’une incapacité à penser le social ». Il y a toujours eu et il y aura toujours du pouvoir, explique Castoriadis, et le pouvoir n’est pas une malédiction, pour autant qu’il se loge dans la forme démocratique. L’Etat non plus n’est pas nécessairement l’opposé de l’autonomie : la société contre l’Etat décrite par Pierre Clastres n’a rien d’autonome, puisqu’elle ne distingue pas le sacré du profane, et puisqu’elle repose sur un principe d’indistinction de ses membres. (DA)