Revue du MAUSS n° 29 · 1er semestre 2007
Avec Karl Polanyi
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Un peu partout dans le monde, Karl Polanyi (1886-1964) apparaît désormais comme la référence théorique et doctrinale principale de tous ceux, économistes, sociologues, historiens ou politologues, qui ne se résignent pas à la marchandisation générale de nos sociétés. Une référence plus maniable que Marx, parce que clairement humaniste et démocratique, et qui parle aussi bien aux réformistes un peu radicaux qu'à ceux qui entendent toujours abolir le capitalisme. La force de Polanyi est de lier étroitement trois thèmes de plus en plus d'actualité : 1) celui de la non-naturalité du marché autorégulé et de l'Homo œconomicus ; 2) celui qui considère que la tare principale de ce marché généralisé est de traiter comme des marchandises des biens qui ne peuvent pas l'être (la nature, le travail et la monnaie, à quoi il faut ajouter aujourd'hui le savoir) ; 3) celui de l'autonomie de la démocratie par rapport au marché : ce n'est pas le marché, montre-t-il, qui crée la démocratie. Certains éléments de l'œuvre proprement historique ou anthropologique de Polanyi ont vieilli et il importe de préciser lesquels. Mais on ne peut pas douter que ces thèmes-là et les questions qu'ils soulèvent renvoient aux problèmes majeurs d'aujourd'hui. Ce numéro de la Revue du MAUSS (qui a introduit ce débat sur Polanyi en France il y a vingt-cinq ans) fait le point sur le statut de cette œuvre singulière.
Ce n° 29 de la Revue du MAUSS a été élu "Livre du mois" par Alternatives économiques. Cliquez ici pour découvrir les commentaires et réactions à ce numéro.
Pourquoi se mobilise-t-on ? L'un des traits propres aux régimes démocratiques est que leurs citoyens disposent d'un droit de regard sur les affaires publiques et, en contrepoint des élections, d'un droit à la critique et à la révolte. Ils discutent, s'associent, s'organisent. Ils constituent des collectifs, revendiquent dans l'espace public, passent des alliances avec partis et syndicats et entrent en conflit avec les pouvoirs établis. Mais qu'est-ce qui les y pousse ? La mobilisation a un coût en énergie et présente des risques, y compris financiers. Pourquoi ne pas laisser les autres se mobiliser à notre place ? Ce livre propose une cartographie de l'état des savoirs sur l'action collective, à partir de tout ce qui a été écrit sur le sujet depuis plus d'un siècle, sur les deux rives de l'Atlantique. L'histoire commence avec les travaux sur les foules et le public de Tarde et Le Bon, à la fin du XIXe siècle. L'auteur exhume la tradition du comportement collectif née à Chicago dans les années 1920. Il montre le virage accompli par Touraine et Melucci au moment de l'émergence des nouveaux mouvements sociaux – étudiant, féministe, écologiste… – dans les années 1960 et 1970. Il passe en revue les théories de l'action rationnelle, les modèles du processus politique et les analyses des réseaux et des organisations, qui prédominent aujourd'hui. Et il propose de nouvelles perspectives inspirées de la sociologie culturelle nord-américaine et de la microsociologie de Goffman. Un ouvrage indispensable à tous ceux qui s'intéressent aux mouvements sociaux de notre temps.
Rien n’est jamais écrit d'avance, mais tous les analystes informés et non aveuglés par l’idéologie, d’André Orléan ou Michel Aglietta à Emmanuel Todd, Jean Peyrelevade ou Patrick Artus, s’accordent à reconnaître que le capitalisme financier, miné par sa propre logique spéculative, ne pourra pas prolonger indéfiniment son expansion. Et que la crise éclatera d’abord, selon toute vraisemblance, en son épicentre, aux États-Unis, dont les taux d’endettement, individuels ou collectifs sont proprement ahurissants. Mais sous quelle forme ? Quand, comment et pourquoi ? Selon quels enchaînements probables ? Le grand intérêt de ce livre de Paul Jorion, qui connaît admirablement le système financier américain, de l’intérieur, est d’apporter des réponses extraordinairement précises et documentées à ces questions. En fait, le lieu de vulnérabilité principal n’est pas tant la Bourse, qui ne représente que 20 % de l’enrichissement des ménages américains depuis les années 1980, que le secteur immobilier (60 % de cet enrichissement), artificiellement soutenu par tout un ensemble de politiques gouvernementales, en fait extrêmement interventionnistes. En les décrivant, Paul Jorion, autant anthropologue qu’économiste, nous fait découvrir une société américaine presque inconnue en France, tout entière portée par le devoir quasiment messianique de foi et d’espérance en un avenir de prospérité générale. Or le système se grippe. La spéculation immobilière touche à ses limites dès lors que l’augmentation des prix de l’immobilier décolle par rapport à des revenus qui stagnent et que se multiplient les faillites personnelles. Si l’Amérique s’écroule, le monde tremblera.
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Sommaire
28 articles, dont 1 à lire en accès libre dans le Journal
- PrésentationAlain Caillé
- I. Avec Karl Polanyi, contre la société du tout-marchand
- Karl Polanyi, une biographie intellectuelleAccès libreJérôme Maucourant
- Le sophisme économicisteKarl Polanyi
- Actualité de Karl PolanyiAlain Caillé et Jean-Louis Laville
- La connaissance, une marchandise fictiveGeneviève Azam
- @Julien Gargani
- Devons-nous mériter notre salaire ?Dominique Girardot
- Licenciements collectifs : le prix d'une dette symboliqueSylvie Malsan
- @Sébastien Plociniczak
- La convivialité de la décroissance au carrefour des trois culturesSerge Latouche
- @Fabrice Flipo
- Le problème du désencastrementRonan Le Velly
- Karl Polanyi, Viviana Zelizer et la relation marchés-sociétéPhilippe Steiner
- Mouvements paysans dans le Nord-Ouest argentinGuillaume Sabin
- @Eric Sabourin
- Le microcrédit au péril du néolibéralisme et de marchands d'illusionsCyril Fouillet, Isabelle Guérin, Solène Morvant-Roux , Marc Roesch et Jean-Michel Servet
- @Hervé Marchal
- @Dominique Jacques-Jouvenot et Florent Schepens
- Mort et résurrection du capitalisme libéralChristian Laval
- Keynes et PolanyiKari Polanyi-Levitt
- Karl Polanyi et le processus institué de démocratisation politiqueMarguerite Mendell
- Une fondation Polanyi : un projet toujours actuelAlain Caillé
- II. Libre revue
- Pour ne plus entendre parler de la « culture traditionnelle »Mary Douglas
- Contre l'héroïsation de la résistance au malMichel Terestchenko
- @Mohamed Nachi
- Une intuition de Félix GuattariFrançois Fourquet
- Une sociologie des actions socialesPascal Combemale
- Ne libérez pas les animaux !Jocelyne Porcher
- Bibliothèque