Le MAUSS en 5 minutes

Pas besoin d'être sociologue pour lire le Journal du MAUSS. Voici l'essentiel pour comprendre d'où il vient, ce qu'il défend, et par où commencer.

Qu'est-ce que le MAUSS ?

Le MAUSS, c'est le Mouvement anti-utilitariste en sciences sociales. Un réseau de chercheurs (sociologues, anthropologues, économistes, philosophes) fondé en 1981 autour du sociologue Alain Caillé.

Son nom rend hommage à Marcel Mauss (1872-1950), neveu et héritier d'Émile Durkheim, l'un des pères de l'anthropologie française. Le MAUSS publie depuis 1982 un bulletin, devenu la Revue du MAUSS, aujourd'hui semestrielle aux éditions La Découverte. Le Journal que vous lisez en est le prolongement en ligne, en accès libre.

Donner, recevoir, rendre

En 1925, Marcel Mauss publie l'Essai sur le don. En étudiant des sociétés très différentes (le potlatch des peuples de la côte nord-ouest américaine, la kula des îles Trobriand, les Maoris), il découvre partout la même règle : les échanges ne sont pas d'abord des transactions intéressées, mais des dons qui créent des obligations.

Donner, recevoir, rendre : une triple obligation qui fabrique le lien social.

Ce n'est pas une curiosité exotique. Un repas offert, un coup de main entre voisins, un cadeau d'anniversaire, le don du sang, le bénévolat, et même la confiance dans une équipe de travail : nous passons notre vie à donner, recevoir et rendre. Le don n'est ni pur altruisme ni calcul déguisé ; il mêle liberté et obligation, intérêt et générosité. C'est ce que le MAUSS appelle le paradigme du don.

Contre la réduction de l'humain au calcul

Une grande partie de l'économie, et souvent des politiques publiques, repose sur une hypothèse : les individus agiraient avant tout pour maximiser leur intérêt personnel (l'homo œconomicus). C'est l'utilitarisme.

Le MAUSS ne nie pas que l'intérêt existe. Il affirme qu'il n'explique pas tout : on agit aussi par plaisir, par devoir, par attachement, pour être reconnu. Réduire la vie sociale au marché, c'est ne plus voir ce qui la fait tenir. D'où l'anti-utilitarisme, qui inspire des travaux sur l'école, l'hôpital, le travail, l'économie solidaire, la démocratie.

En une phrase : le MAUSS cherche à comprendre ce qui fait tenir une société quand on ne la réduit ni à un marché, ni à un État.

Le convivialisme

Depuis le début des années 2010, une partie du MAUSS porte aussi un projet politique : le convivialisme. Publié en 2013 puis prolongé par un Second manifeste convivialiste en 2020, il réunit des centaines d'intellectuels et d'acteurs de la société civile du monde entier autour d'une question : comment vivre ensemble en nous opposant sans nous massacrer, et sans épuiser la planète ?

Petit lexique

Don
Prestation sans garantie de retour, qui crée pourtant une attente de réciprocité et un lien entre les personnes.
Réciprocité
Le fait de rendre, pas forcément à l'identique ni tout de suite ; l'une des grandes formes d'échange avec le marché et la redistribution (Karl Polanyi).
Utilitarisme
Doctrine selon laquelle les actions humaines s'expliquent et se jugent par leur utilité ou l'intérêt qu'elles procurent.
Potlatch
Cérémonie de dons rivalisés chez les peuples de la côte nord-ouest de l'Amérique, étudiée par Mauss.
Reconnaissance
Le besoin d'être considéré par autrui ; pour le MAUSS, un moteur de l'action au moins aussi puissant que l'intérêt.
Convivialisme
Philosophie politique de l'« art de vivre ensemble » dans le respect des différences et des limites de la nature.

Par où commencer ?

Pour commencer

Pour approfondir

Aux origines : le Bulletin du MAUSS (1982)

Envie d'aller plus loin ? Parcourez les textes de doctrine, les recensions ou cherchez un thème.

Lettre d'information

Les nouveaux textes, une fois par mois

Une sélection des articles, recensions et débats publiés dans le Journal. Gratuit, sans publicité, sans algorithme.

La revue imprimée

La Revue du MAUSS

Deux fois par an aux éditions La Découverte, un grand dossier de sciences sociales, de philosophie et d'anthropologie. Le Journal en est le prolongement en ligne.