Revue du MAUSS n° 27 · 1er semestre 2006
De l’anti-utilitarisme
10 € Acheter maintenant
Qui ne veut pas lutter contre l'économisme, qui n’est pas anti-économiciste aujourd'hui ? Que ce soit pour s’opposer aux fermetures d’usines, aux délocalisations, à la baisse des salaires ou, plus généralement, à la subordination croissante aux impératifs du marché de toutes les sphères de l’existence sociale – la culture, l’École, le sport, la technique, la science, la politique, etc. – , tout lemonde proclame fortement qu’il y a « autre chose » à prendre en compte que la nécessité économique. « Autre chose », mais quoi ? Faute de le préciser, le risque est de se cantonner dans un moralisme imprécateur et impuissant. Un des paris – à la fois théorique, anthropologique, et existentiel – du MAUSS est que la racine première de l’économisme (du triomphe théorique et pratique de l'économie) est à rechercher dans une conception utilitariste (disons instrumentale) de l’homme et du monde, et que, symétriquement, c’est dans l’anti-utilitarisme (tel notamment que Marcel Mauss en dessine les contours dans son Essai sur le don) qu’il y a lieu de puiser les ressources d’un anti-économisme effectif. Mais que doit-on entendre, en définitive, par « utilitarisme » et « anti-utilitarisme »? Ce numéro, qui célèbre le vingt-cinquième anniversaire du MAUSS, tente une sorte de bilan de cette discussion en donnant sur ce point la parole à ses amis et alliés, mais aussi, comme à son habitude, à ses adversaires.
Avec la notion de réseau , qui lui est d'ailleurs étroitement apparentée, le concept de capital social, quoique mal connu en France, est probablement celui qui a suscité le plus de travaux et de débats d’ampleur internationale, en sociologie et en science politique, mais aussi en économie, depuis les années 1990. Il fonde en, effet une hypothèse d'une importance cruciale : celle que l’efficacité économique d’un individu, d’une entreprise ou d’une nation ne dépend pas tant – ou pas seulement – de la quantité de capital économique dont ils disposent que de la qualité des relations sociales au sein desquelles s’insère leur activité. La thèse est fascinante, mais on devine toutes les questions qu’elle soulève. Qu’est-ce que la qualité d’une relation sociale ? Peut-on la mesurer ? Et comment ? Derrière ces interrogations se cache un conflit doctrinal plus profond. Dans l’idée même de capital social, que faut-il privilégier : la dimension du capital ou celle du social ? L’idée, utilitariste, que les relations sociales d’amitié ou de solidarité peuvent servir de manière instrumentale, à la réussite économique ? Ou bien, à l’inverse, celle qu’elles n’ont d’efficacité économique qu’à titre de sous-produit, que pour autant qu’elles sont d’abord recherchées et valorisées pour elles-mêmes ? Sur tous ces points, dans le sillage des articles fondateurs de Pierre Bourdieu et Robert Putnam, difficiles d’accès en France, ici repris pour le premier, traduit pour le second, on trouvera dans cet ouvrage une synthèse sans équivalent des débats en cours et des analyses que le concept autorise.
Sommaire
33 articles, dont 1 à lire en accès libre dans le Journal
- PrésentationAlain Caillé
- I. La querelle autour du paradigme du don
- Sortilèges et paradoxes du don. Introduction à la traduction en hébreu de l‘Essai sur le don de Marcel MaussIlana Silber
- Le don entre science sociale et psychanalyse. L'héritage de Marcel Mauss jusqu'à LacanAlain Caillé
- Du don comme refoulé ? Questions à la réponseAlain Caillé
- Notre paradigme du donMary Douglas
- Le don au-delà de la detteJacques T. Godbout
- Le don tel qu'il est et non tel qu'on voudrait qu'il fûtFrédéric Lordon
- Quel paradigme du don ? En clé d'intérêt ou en clé de don ? Réponse à Frédéric LordonFalafil
- L'archéologie du valoir. Amour, don et valeur dans la philosophie de Max SchelerFrédéric Vandenberghe
- Du don au legsGérard Gendre
- II. La querelle autour de l'utilitarisme, de l'anti-utilitarisme et de l'individualisme
- Les cinq périodes de l'individualisme savant. L'histoire des idées et le débat sur l'individualismeJoël Roucloux
- Anti-utilitarisme et anthropologie généraleFrançois Flahaut
- Pour une critique anti-utilitariste de l'anti-utilitarismeOnofrio Romano
- Critique de la critique anti-utilitariste critique de l'anti-utilitarisme. En réponse à Onofrio RomanoAlain Caillé
- Anti-utilitarisme et déterminisme identitaire. Le cas de l'extrême-droite contemporaineSylvain Crépon
- Don, science morale et politique. Contribution pour une gauche nouvelleAccès libreSylvain Dzimira
- Socrate et l'utilité de l'amitiéLouis-André Dorion
- Jeremy Bentham et le gouvernement des intérêtsChristian Laval
- III. Économisme, utilitarisme et anti-utilitarisme
- Le Veau d'or est vainqueur de Dieu. Essai sur la religion de l'économieSerge Latouche
- L'endettement excessif aux États-Unis et ses raisons historiquesPaul Jorion
- À la recherche de l'Homo œeconomicus… Et si le commerce adoucissait les mœurs ?Nicolas Eber
- Mauss et l'économie solidaireCyrille Ferraton
- Définitions et institutions de l’économie. Pour un dialogue maussienJean-Louis Laville
- Influence morale de la division du travail considérée sous le rapport de la conservation du gouvernement et de la stabilité des institutions socialesPierre-Édouard Lemontey
- Lemontey, l'invention de la sociologie du travail et la question salarialeFrançois Vatin
- Réformer le langage comptable, une nécessaire utopie pour sauver… le capitalisme financier ?Frédéric Compin
- II. LIBRE REVUE
- Penser l'intermonde, ou comment oublier le problème de l'ordre socialDanilo Martucelli
- Nécessité théorique et obligations empiriquesBernard Lahire
- L’honneur d'être, suivi de Il s'élève vers nousHenri Raynal
- L’exposition de soi à la guerre. À propos d’une digression de Billy Budd de Herman MelvilleJacques Dewitte
- L'enjeu écologique. Lecture critique de Bruno LatourFabrice Flipo
- Exégèse de la Passion de l'Artiste suivi de Certitudo Salutis. Nouvelle exégèse de l'Ultime ready-madeArtiste anonyme
- Femmes à femmes. Maîtresses et servantesJocelyne Porcher
- Bibliothèque