Vers une transition économique écologique

Notes sur Ali Douai & Gaël Plumecocq, L’économie écologique, La Découverte, 2017

L’économie écologique (ecological economics) est un courant économique particulier qui, par son approche transdisciplinaire, ses concepts, ses théories et ses méthodes interdisciplinaires - où se rencontrent philosophie, sociologie, anthropologie, écologie, etc. - s’est pensée et constituée en réaction à l’économie néoclassique comme à l’économie de l’environnement (environmental economics) jugées à la fois trop monolithiques et réductrices, excessivement économico-centrées (calcul de valeurs monétaires, de « capital naturel », d’état du marché, évaluation de coûts…), sans réelle volonté de remise en cause du modèle économique standard dominant et considérées comme relativement désarmées pour lutter avec efficacité contre nombre d’éléments socio-écologiques négatifs (inégalité, pauvreté, réchauffement climatique, pollution, épuisement de ressources naturelles, anthropocène/capitalocène, etc.). L’ouvrage d’Ali Douai et Gaël Plumecocq trace, dans une démarche particulièrement didactique et éclairante, un état de l’art de ce courant aux multiples ramifications et références.

Un courant à contre-courant ?

Les acteurs du courant économique écologique ont privilégié une approche holiste et systémique de leur discipline, en s’associant à des analyses multicritères, apportant de fait un autre regard sur les questions touchant à l’épuisement des ressources naturelles, la finitude de la biosphère, l’empreinte écologique, l’appropriation humaine du produit primaire net... mais aussi sur des questions éthiques, de justice sociale ou des problématiques liées aux politiques de croissance. D’où la volonté, dans l’arène socio-économico-écologique, de se positionner à la fois comme un courant central - à l’intersection comme pivot et centre de gravité disciplinaire - et comme un courant d’influence (catalyseur). A la question du développement soutenable répondrait en écho une sorte d’économie sociale soutenable ou de science politique de la soutenabilité.

Loin d’être homogène, l’économie écologique voit se côtoyer un certain nombre de sous-courants et de styles économiques différents non sans controverses ou contradictions. En s’inspirant d’une étude d’Olivier Godard [1], on distinguera schématiquement : (i) les économistes de tendance néoclassique, où l’environnement est appréhendé comme un ensemble de biens à disposition des préférences et des logiques individuelles. Cette approche développe, selon la désignation de l’économiste Clive L. Spash, une « nouvelle économie des ressources naturelles  » [2]. L’économie écologique y est considérée comme une sorte de ballon d’oxygène (revivifiant) pour l’économie néoclassique qui l’engloberait ; (ii) les économistes et écologues élaborant un parallèle entre économie humaine et système écologique. Regroupés au niveau de l’économie écologique, ils sont désignés par Clive L. Spash comme des « nouveaux pragmatiques environnementaux ». Leurs travaux accordent une grande importance aux services écosystémiques. Ici, l’économie néoclassique ne serait qu’une sous-partie de l’économie écologique qui l’absorberait ; (iii) les économistes hétérodoxes liés à la « socioéconomie écologique (SSE) » [3] où sont pris en compte les questions touchant à la fois les institutions, les cultures et les valeurs (morales, environnementales, etc.) [4]. Ici, l’économie écologique joue un rôle de carrefour transdisciplinaire (un point de passage à entrées multiples) pour les économies alternatives (économie postkeynésienne, approches institutionnalistes, économie des conventions, néomarxisme écologique…).

Emergence d’un courant

Les travaux économiques néoclassiques ne répondant pas suffisamment aux nouveaux problèmes écologiques (comme la surexploitation des ressources naturelles, les effets pervers de la productivité, etc.), et éprouvant par ailleurs quelques difficultés à « penser les limites biophysiques (seuils de résilience, capacité de charge, taux de renouvellement des ressources, etc.)  » [5], une nouvelle orientation économique émergea de ce constat, accompagnée d’une tendance critique plus ou moins marquée selon les auteurs.

C’est en 1988 que deux professeurs d’économie, Robert Costanza et Herman Daly, fondent l’International Society for Ecological Economics. Elle se dotera l’année suivante d’une revue, Ecological Economics [6]. Leur démarche est mue par un espoir, celui de parvenir à favoriser une « meilleure compréhension des relations entre les systèmes écologiques, sociaux et économiques au bénéfice du bien-être mutuel de la nature et des êtres humains  » [7].

Ce courant économique ira puiser des idées dans quantité de travaux d’écologues, comme ceux des frères Howard Thomas et Eugene Odum. Ce dernier est particulièrement connu et reconnu pour ses travaux sur l’état systémique des interrelations entre les organismes [8]. L’attention des économistes se portera notamment sur les études écoénergétiques de son frère. Dans ses travaux, Howard Thomas Odum mettra en relief tout un ensemble d’échanges (flux énergétiques et matériels) entre systèmes économiques et écosystèmes [9]. Ces analyses écoénergétiques iront jusqu’à intégrer dans le corpus économique écologique les principes de la thermodynamique (dont on trouve trace dès le XIXe siècle dans les écrits biophysiques de Sergueï Podolinsky [10]) grâce aux travaux de l’économiste Kenneth Edwart Boulding [11] et du mathématicien et économiste Nicolas Georgescu-Roegen [12]. Signalons, pour clore ce point, que Robert Costanza fut un ancien étudiant de Howard Thomas Odum et Herman Daly celui de Nicolas Georgescu-Roegen.

Enfin, il serait difficile de ne pas citer un autre écologue influent au sein de l’économie écologique, intégrant systèmes sociaux et écosystèmes, Crawford Stanley Holling, connu pour ses travaux sur les systèmes complexes et dont le nom est indissociablement lié au concept de résilience [13]. En France, une des figures les plus remarquées de cette économie écologie systémique est représenté par René Passet [14].

Croissance et décroissance, soutenabilité et coévolution

L’articulation entre objectifs économiques et contraintes environnementales restent au cœur de la démarche de l’économie écologique. Se basant sur les travaux de Inge Røpke [15], Ali Douai et Gaël Plumecocq distinguent quatre points de divergence entre les économistes écologiques et les économistes néoclassiques de l’environnement : l’économie écologique (i) « est plus que sceptique sur la capacité de la croissance économique à assurer la soutenabilité environnementale  » ; (ii) elle « conçoit le bien-être, la qualité de vie ou le progrès social comme déconnectés de la croissance économique, à partir d’un certain seuil de revenu par tête » ; (iii) elle « accorde une grande importance à une conception pluraliste des valeurs environnementales et leur prise en compte effective dans la décision publique » ; (iv) elle « postule la non-substituabilité entre capital naturel et capital manufacturé, c’est-à-dire une conception « forte » de la soutenabilité » [16]. Alors que certains auteurs voient dans le découpage entre économistes écologiques et économistes néoclassiques de l’environnement une sorte de conflit entre optimistes et pessimistes technologiques, Ali Douai et Gaël Plumecocq nuancent singulièrement ce constat. Pour eux, les économistes écologiques recherchent au contraire à privilégier une sorte de voie du milieu, un mode prudent, articulant changements organisationnels (institutions) et responsabilité individuelle (attitudes). Ceci ne reste pas sans tensions.

Les échanges portant sur la question de la croissance économique restent vifs dans le monde de l’économie écologique. En témoignent l’absence d’unanimité et la présence de résultats souvent contradictoires. Par exemple, pour certains économistes écologiques la limitation de la croissance reste un impératif fondamental. Albert Merino-Saum et Philippe Roman notent qu’ « aucun économiste se revendiquant de l’EE [économie écologique] ne travaille à partir de l’hypothèse que le capital naturel peut être substitué à l’infini, ou que l’apparition de backstop technologies est susceptible de résoudre les problèmes de rareté » [17]. Cet impératif se retrouve au sein de diverses tendances qui préconisent la constitution d’un état stationnaire (steady state) au niveau démographique, de la production/consommation énergétique, de l’émission des déchets, etc. [18]. A contrario, pour d’autres économistes écologiques (Edward B. Barbier, Anil Markandya, David Pearce, Giles Atkinson…) la croissance économique serait tout à fait compatible, sous conditions (impacts environnementaux, intensité des dégradations et pollutions, etc.), avec la préservation et la protection des écosystèmes. D’où les échanges intenses portant sur l’écodéveloppement et la « croissance verte » où se déploient les éco-innovations et les technologies nouvelles qui se veulent plus propres (« technologie verte »). Mais pour Louison Cahen-Fourot et Marc Lavoie, « il ne serait probablement pas possible d’organiser un état pleinement stationnaire de l’économie avec pour fondement une accumulation de capital pour lui-même. En conséquence, il ne s’agirait pas d’un système capitaliste » [19]

A l’autre bout de l’économie néoclassique intégrée, là où se déploie un type d’écologie politique plus ou moins radical, la critique vise sans ménagement le monde social-économique dominant, considéré comme un système techno-productiviste-consumériste, une société du spectacle au sens de Guy Debord [20]. Les réflexions invitent ici à repenser profondément les logiques sociales et à privilégier des pratiques néguentropiques et éco-responsables de décroissance [21]. Un grand nombre de problématiques sont fortement questionnées, comme celles portant sur le développement de nos sociétés, la coévolution entre le monde social et naturel avec les travaux de l’économiste Richard B. Norgaard [22], ceux concernant les besoins fondamentaux (subsistance, protection, affection, compréhension, participation, loisir, création, identité, liberté) développées par l’économiste Manfred Max-Neef [23], et on pourrait rajouter ceux du philosophe Pierre-André Taguieff sur le progrès [24] (même si ce dernier auteur n’est pas en odeur de sainteté dans le milieu militant de la décroissance). L’homme n’est plus vu comme étant au service de l’économie, mais celle-ci au service de l’homme. Pour paraphraser Karl Marx, et dans une démarche de repolitisation opératoire, on pourrait dire que si jusqu’à présent les économistes n’ont fait qu’interpréter diversement le monde, il s’agit maintenant (enfin) de le transformer. Il ne s’agit pas de faire avec le système actuel (de l’aménager et le gérer) mais bien d’en changer profondément sa nature et ses pratiques pour le remplacer par un ensemble de modèles alternatifs (agriculture biologique, énergies renouvelables, autolimitation des besoins, relocalisation…) qui restent encore à ce jour à mettre en pratique globalement d’une manière suffisamment solide pour (dé)montrer ses preuves de viabilité dans le sens souhaité.

Signalons aussi la thèse sur l’environnementalisme des pauvres, « émanation des mouvements politiques alternatifs des pays en développement (…) issue d’un séminaire visant à réconcilier socialisme et préservation de l’environnement qui s’est tenu en 1992 au Pérou » [25] dont Johan Martinez-Alier a tracé les traits dans un ouvrage remarqué en 2002 [26]. Pour cet économiste, qui a aussi questionné le concept de dette écologique [27], les pauvres « parce que leur existence et leurs conditions de vie dépendent directement de la terre et des ressources naturelles, sont de meilleurs gestionnaires de leurs environnements que les pays occidentaux, plus riches et considérés comme plus développés » [28]. La lutte et la conscience de classe peuvent trouver un nouveau souffle dans ce domaine.

L’économie écologique est un sport de combat

Dans ce débat animé, Ali Douai et Gaël Plumecocq posent également une question centrale : « Dans un contexte de conflit environnemental (…) et dans un processus de décision publique (…) comment prendre en compte la valeur des éléments naturels appelés à être dégradés ou détruits ? » [29]. Faut-il, pour y répondre au sein même de l’économie écologique, (i) conserver une démarche économique néoclassique (évaluation économique, analyse coûts-bénéfices, encadrement marchand, vision utilitariste…), qui mobilise des réflexions sur les modes de gouvernance et les services écosystémiques auquel se sont rattachés les paiements pour services écosystémiques ou environnementaux qui « sont des dispositifs de régulation publique ou privée dont le but est d’inciter les individus ou les institutions, dont les activités contribuent à préserver certaines fonctions des écosystèmes, à poursuivre ces activités » [30], ou tout au contraire (ii) aller puiser dans le fonds conceptuel de la socioéconomie écologique (incommensurabilité des valeurs environnementales, sans métrique monétaire, forums participatifs, gouvernance de type délibérative, dans un cadre éthique, prisant la recherche du bien commun, de justice sociale…) qui remet en cause toute évaluation économique (monétaire et marchand) de la nature (« la nature n’a pas de valeur économique intrinsèque » [31]) ? Nous avons vu, au début de ce texte, que cette seconde orientation était privilégiée par les auteurs. Elle pourrait mettre en action une socioéconomie (écologique) politique « fondée sur l’idée que les rapports hommes-nature ne peuvent pas être compris en dehors des rapports sociaux réels, au sein desquels le jeu des intérêts et des pouvoirs prédomine  » [32], malgré le fait « qu’il existe une réelle difficulté en EE [économie écologique] à passer d’une posture critique des savoirs produits dans les disciplines établies à des propositions macroéconomiques utiles à la décision publique » [33].

La socioéconomie (écologique) politique devrait favoriser un certain nombre de pratiques comme limiter l’utilisation des ressources à un niveau égal ou inférieur à sa capacité de régénérescence (justice intra et intergénérationnelle), investir dans le capital naturel (préservation de ressources, restauration d’écosystèmes, etc.) et les biens communs (services publics, éducation, etc.), développer l’écologie urbaine (utilisation de matériaux écologiques, gestion de l’eau, recyclage des déchets, politique des transports, développent d’espaces verts…), repenser les politiques fiscales, favoriser la démocratie délibérative locale…

La démarche entreprise par Ali Douai et Gaël Plumecocq ne consiste donc pas à se poser comme de simples acteurs décrivant un domaine économique spécifique, l’économie écologique dans sa diversité, mais à associer à cette démarche, de recherche et de chercheurs, un engagement raisonné, dans le sens d’une déclaration explicite de choix réfléchi, celui d’un « positionnement qui consiste à soutenir et à rechercher les moyens de renforcer la SSE [Socioéconomie écologique]  » [34]. A l’exigence intellectuelle s’associe une démarche citoyenne éthique visant le bien-être commun et l’attention écologique.

// Article publié le 19 juin 2017 Pour citer cet article : Valéry Rasplus, « Vers une transition économique écologique », Revue du MAUSS permanente, 19 juin 2017 [en ligne].
http://www.journaldumauss.net/./?Vers-une-transition-economique
Notes

[1Olivier Godard, « Les trois courants complémentaires du champ de l’économie de l’environnement : une lecture systémique », Cahiers d’épistémologie, n° 332, UQAM, septembre 2005

[2C. L. Spash, « The shallow or the deep ecological economics movement ? », Ecological Economics, vol. 93, 2013, p. 351-362

[3L’International Society for Ecological Economics a été fondée en 1989 et l’European Society for Ecological Economics en 1996

[4C. L. Spash, “The new environmental pragmatists, pluralism and sustainability”, Environmental Values, vol. 18, n°3, 2009, p. 253-256.

[5Ali Douai et Gaël Plumecocq , op. cit., p. 19

[6On peut considérer le Journal of Environnemental Economics and Management comme la revue concurrente directe.

[7http://www.isecoeco.org . Il faudra attendre 1995 pour voir se former l’European Society for Ecological Economics.

[8E. P. Odum, Fundamentals of Ecology, Saunders, 1953

[9H.T. Odum, Environment, Power and Society, Wiley-Interscience, 1971

[10Lire la note consacrée à Sergueï Podolinsky sur Hmolpedia (Encyclopedia of Human Thermodynamics, Human Chemistry, and Human Physics) : http://www.eoht.info/page/Sergei+Podolinsky

[11K. E. Boulding, Ecodynamics. A New Theory of Societal Evolution, Sage Publications, 1978. La littérature portant sur sa biographie indique que K. E. Boulding est par ailleurs un méthodiste devenu quaker, ce qui lui vaut d’être qualifié de mystique. Il serait intéressant d’étudier finement l’ensemble de sa production afin de découvrir d’éventuels liens entre ses croyances personnelles et sa vision économique du monde.

[12Nicolas Georgescu-Roegen, The Entropy Law and the Economic Process, Harvard University Press, 1971

[13C.S. Holling, « Resilience and stability of ecological systems », Annual Review of Ecology and Systemetics, Vol. 4, 1973, p. 1-23

[14René Passet, L’Economique et le vivant, Payot, 1979.

[15Inge Røpke, « The early history of modern ecological economics », Ecological Economics, vol. 50, n°3-4, 2004, p. 293-314

[16Ali Douai et Gaël Plumecocq , op. cit., p. 22

[17Albert Merino-Saum et Philippe Roman, « Que peut-on apprendre de l’économie écologique ? », La vie des idées, avril 2012

[18J. Farley, « Steady state economics », in G. d’Alisa et al. (dir.), Degrowth. A Vocabulary for a New Era, Routledge, 2014, p. 49-52

[19Louison Cahen-Fourot et Marc Lavoie, « Ecological monetary economics : a post-keynesian critique », Ecological Economics, Vol. 126, 1016, p. 163-168

[20Guy Debord, La société du spectacle, Buchet/Chastel, 1967

[21Cédric Biagini, David Murray, Pierre Thiesset (dir.), Aux origines de la décroissance. Cinquante penseurs, L’Echappée, 2017

[22R. B. Norgaart, Development Betrayed. The End of Progress and a Co-Evolutionary Revisioning of the Future, Routledge, 1994 

[23M. Max-Neef, Human Scale Development. Conceptions, Applications and Further Reflections, Zed Books, 1992

[24Pierre-André Taguieff, L’Effacement de l’avenir, Galilée, 2000.

[25Ali Douai et Gaël Plumecocq , p. 62

[26Johan Martinez-Alier, The Environmentalism of the Poor. A Study of Ecological Conflits and Valuation, Edward Elgar, 2002

[27Delphine Pouchain, « La dette écologique : d’une notion politique à un concept philosophique ? », Développement durable et territoires, Vol. 5, n°1, février 2014

[28Ali Douai et Gaël Plumecocq, op. cit., p. 63

[29Ali Douai et Gaël Plumecocq, op. cit., p. 67

[30Ali Douai et Gaël Plumecocq, op. cit., p. 80 ; Luca Tacconi, « Redefining Payments for Environmental Services », Ecologica Economics, 73, 2012, p. 29-36

[31Jean-Marie Harribey, La Richesse, la valeur et l’inestimable. Fondements d’une critique socioéconomique de l’économie capitaliste, Les Liens qui libèrent, 2013

[32Ali Douai et Gaël Plumecocq, op. cit., p. 96

[33Ali Douai et Gaël Plumecocq, op. cit., p. 104

[34Ali Douai et Gaël Plumecocq , L’économie écologique, La Découverte, 2017, p. 10

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