Migrations : sortir de l’aporie « Accueillir ou Se protéger »

Vincent Lapies est psychiatre auteur d’articles sur le don, publié notamment dans La Revue du MAUSS. Formé par Ivan Boszormenyi-Nagy, il engagé auprès des migrants.

La réalité des migrations est abordée par la plupart des journalistes et par la plupart des politiques à l’intérieur du dilemme « Accueillir ou Se protéger ». Chacun essaye de trouver « le bon dosage » entre ces deux termes antagonistes qu’il faut tenir ensemble. Les différentes positions semblent s’échelonner sur la ligne entre accueil et auto-protection. La Gauche tend plus vers l’accueil, la Droite vers l’auto-protection, la première reprochant à la deuxième sa dérive sécuritaire et la deuxième reprochant à la première sa dérive laxiste.
L’accueil et l’auto-protection reposent sur des « évidences », jamais questionnées.
L’accueil va de soi : nous voulons rester humains et nous nous devons donc d’être solidaires avec nos frères et sœurs humains en souffrance.
L’auto-protection aussi va de soi : « nous ne pouvons accueillir toute la misère du monde ». Implicitement pour le plus grand nombre et explicitement pour quelques uns (de plus en plus nombreux), il est évident que l’immigration est une menace ; une menace pour nos travailleurs déjà lourdement affectés par le chômage, pour notre système d’aides sociales déjà en difficultés, pour nos écoles déjà surchargées, pour notre logement en crise grave, pour notre identité et notre culture etc.
Le couple « Accueillir / Se protéger » est un couple infernal : les deux termes doivent tenir ensemble mais plus l’un prend de place, plus l’autre est mis en péril. Soit on accueille trop et on ne se protège pas assez ; on se met alors en danger. Soit on se protège trop et on n’accueille pas assez ; on perd alors en humanité.
Raisonner à l’intérieur de ce cadre organise un « concours Lépine » des idées les plus absurdes et les plus violentes.

Certains ont eu l’idée de sélectionner ceux que l’on va accueillir et ceux dont on va se protéger : respectivement les réfugiés politiques et les migrants économiques. Or, cette classification ne tient pas : pourquoi est-il plus dangereux de mourir assassiné que de mourir de misère ? Dans quelle catégorie classer les migrants climatiques qui, eux, vont mourir de faim ? D’autres ont eu l’idée de sous-traiter l’accueil dans des pays tiers, ce qui nous protègera. Or, l’« accueil » en question est plutôt de la détention maltraitante et la protection est toute relative : elle dépend entièrement du pays sous-traitant et elle nourrit des rancœurs de la part des migrants et de la part du pays ‘sous-traitant’ qui, à terme, risquent de se retourner contre le pays qui délègue ainsi sa politique migratoire. Certains acteurs d’extrême-droite sont en train de refuser catégoriquement l’accueil pour ne se consacrer qu’à la protection, mais ce faisant ils restent à l’intérieur de la même définition du problème en reconnaissant les deux termes, même si c’est pour jouer radicalement un terme contre l’autre.
Depuis longtemps, il est démontré que s’acharner à chercher des solutions à l’intérieur d’un cadre trop restreint ne produit que des impasses et « toujours plus de la même chose » [1], en l’occurence, toujours plus de violence.
Il est urgent de sortir de l’aporie « Accueillir / Se protéger ».
Une premier façon d’en sortir consiste à introduire un troisième terme, au-delà des deux seuls termes accueil et auto-protection, comme les font certains, en insistant sur les actions à mener pour traiter les causes des migrations (notamment de revenir sur les accords commerciaux de libre-échange qui pénalisent les pays en développement (notamment en détruisant leur économie vivrière), de refuser la logique belligérante, de lutter efficacement contre le réchauffement climatique). Ces mesures apporteraient effectivement quelques éléments de solution.
Mais la manière radicale de sortir de l’aporie « Accueillir / Se protéger » consiste à adopter la proposition élaborée depuis des décennies par nombre de chercheurs [2] et fondée sur le droit [3] : l’ouverture des frontières.

Il ne s’agit en aucune manière d’une position symétrique à celle de l’extrême droite en choisissant ici l’accueil, sous forme d’hospitalité [4] universelle, contre l’auto-protection.

L’ouverture des frontières se situe au-delà de la dialectique « Accueillir / Se protéger ». Elle prend en compte la nature du phénomène migratoire : il s’agit d’un mouvement vital de certaines personnes pour échapper à la mort, construire leur avenir, protéger leurs enfants. Les personnes résolues à migrer, le feront, que la frontière soit ouverte ou fermée. Le phénomène migratoire est un élan d’énergie vitale extrêmement puissant.

Nous avons tendance à l’aborder frontalement comme s’il s’agissait d’un phénomène répondant à une causalité linéaire simple : nous serions un organisme en bonne santé, envahi par des parasites qu’il faudrait éliminer par la force. La dialectique « Accueillir / Se protéger » vise à doser l’intensité de la force, pour ne pas avoir trop mauvaise conscience ; mais quelle que soit la proportion d’accueil, cette dialectique s’emprisonne dans une logique d’affrontement qui aboutit aux violences multi-formes faites aux réfugiés que nous constatons aujourd’hui. C’est ainsi, que notre politique migratoire refuse de sauver les migrants qui se noient en méditerranée, et maltraite ceux qui ont rejoint notre sol en les faisant vivre dans la précarité, l’insécurité, la peur, la dévalorisation, l’inactivité, pendant des années, avant de les rejeter. Notre fermeture des frontières nourrit les passeurs et alimente les réseaux mafieux qui gangrènent les pays de départ. Nous sommes en train de nourrir des violences futures dont nous ne mesurons pas l’ampleur.

L’ouverture des frontières sort du piège de l’affrontement. Elle s’inscrit dans une tout autre logique qui consiste à accompagner la force et la dynamique des mouvements migratoires, dans une optique radicalement « systémique » [5]. Au lieu de raisonner en termes binaires « action / réaction », il s’agit de raisonner en terme de causalités complexes, circulaires et d’aborder le problème de manière indirecte, en utilisant ses potentialités propres. L’ouverture des frontières permet de créer un contexte favorable à l’émergence de solutions et de régulations. Nous allons voir que c’est le moyen le plus efficace pour traiter les quatre peurs liées aux migrations : l’envahissement, l’insécurité, la menace économique et la peur de perdre son identité culturelle.

1) L’ouverture des frontières est la meilleure solution pour réguler l’immigration :

* Elle permet de dynamiser les pays d’origine beaucoup mieux que n’importe quel programme d’aide au développement.
Quantitativement, l’ouverture des frontières multiplierait par deux le PIB des pays en développement [6]. Qualitativement, cet argent est transféré directement par les immigrés à leurs familles, sans risque de captation et en favorisant un développement local progressif (alors que l’aide au développement s’accompagne dans une première phase, de l’augmentation de l’émigration, sous l’effet du changement de modèle économique et social qui désagrège les liens de solidarité et favorise l’exode rural [7]).

* L’ouverture des frontières permet aux personnes d’aller et venir. Elles ne sont pas incitées à rester de peur de ne plus pouvoir revenir. Elles sont incitées à faire des séjours plus courts (à la différence du système actuel où il faut justifier d’au moins dix ans de présence ininterrompue sur le sol français pour espérer un titre de séjour). De plus, l’ouverture des frontières crée un climat de dignité et de sérénité qui permet d’écouter les souhaits des migrants et d’en aider un certain nombre à atteindre leur objectif (apprendre un métier, travailler quelques années et gagner l’argent nécessaire à la réalisation d’un projet au pays,...), ce qui peut leur permettre de rentrer plus facilement dans leur pays d’origine. En effet, un obstacle majeur au retour est de revenir les mains vides et ruiné.

* L’ouverture des frontières permet également de diminuer le nombre de demandes de regroupement familial
« Pour preuve, la fermeture des frontières en 1974 a augmenté les regroupements familiaux, qui représentent 45 % des titres de séjour. » [8] ).
Avant que ces effets positifs ne se produisent, on peut imaginer que l’ouverture des frontières peut générer un afflux d’immigrés dans un premier temps. Ce risque doit être nuancé par les points suivants :

* Les exemples historiques n’ont jamais montré d’« envahissement »  : lors de l’entrée du Portugal et de la Grèce dans le CEE, lors de la réunification allemande, il n’y a pas eu de déplacements massifs de populations. « Aucune enquête n’a prouvé la véracité des « appels d’air » ou des « invasions » tant annoncés et fantasmés. La construction du mur entre le Mexique et les Etats-Unis n’a nullement ralenti les flux migratoires entre les deux pays, pas plus que l’ouverture de la frontière entre l’Inde et le Népal n’a provoqué d’afflux massifs de migrants. Ni l’opération de sauvetage Mare Nostrum, menée par l’Italie en 2014, ni les régularisations de migrants en situation irrégulière (600.000 en Espagne en 2005, 500.000 en Italie en 2006, près de cinq millions aux Etats-Unis en 2014, etc.) n’ont provoqué d’augmentation soudaine et significative de la migration « clandestine » [9].

* Les personnes qui migrent doivent avoir des économies. Seuls migrent ceux qui en ont les moyens.

* Les migrations viennent souvent des mêmes régions, marquées par une certaine culture de l’émigration. A conditions économiques et politiques identiques, d’autres régions sont beaucoup moins pourvoyeuses d’immigration.

* La plupart des migrations se font entre pays du Sud.

2) L’ouverture des frontières est la meilleure solution pour préserver la sécurité :

* L’ouverture des frontière prévient le cycle de la violence.

La motivation principale de la fermeture des frontières est d’ordre sécuritaire. Cependant, cette option est la meilleure manière de menacer durablement la sécurité des pays de destination et des pays d’origine. En effet, les politiques actuelles sont sources d’innombrables violences envers les migrants : vivre des mois dans la rue, sans possibilité de déployer ses compétences ou d’en acquérir, sans activité, dans l’attente d’hypothétiques « papiers », ne pas recevoir les soins adéquats notamment pour traiter le syndrome de stress post-traumatique et souffrir en particulier d’une impossibilité de dormir, être humilié de multiples manières, ... ; tout cela, pour être souvent renvoyé in fine vers le pays qu’ils ont quitté. Qui peut penser raisonnablement que cette violence sera sans conséquences ? La violence a la particularité de circuler et de se reproduire. En suivant Ivan Boszormenyi-Nagy [10], on peut considérer que les personnes victimes de violence acquièrent une « légitimité destructrice » : elles se sentent en droit de commettre à leur tour des actes violents envers l’agresseur (vengeance) ou envers des tiers innocents. L’ouverture des frontières évite ce surcroît de légitimité destructrice ainsi que le passage à l’acte éventuel au nom de cette légitimité destructrice. De plus, elle favorise une manière positive de surmonter les violences subies précédemment. Elle permet, en effet, aux migrants d’acquérir de la « légitimité constructrice » : en s’inscrivant dans le don et en étant acteur à part entière des échanges sociaux et économiques, ils acquièrent une sorte de ‘supplément d’être’ qui contribue à les réparer et les encourage à ne pas faire fond sur leur légitimité destructrice.

* L’ouverture des frontières permet de lutter contre le terrorisme.

Contrairement, à ce qui est parfois avancé, les terroristes ne viennent pas de manière irrégulière, sauf exception. Ils ne prennent pas le risque d’attirer l’attention. L’ouverture des frontières ne veut pas dire suppression des frontières. Les personnes franchissant les frontières seront enregistrées et contrôlées. Il sera possible de savoir d’où elles viennent, ce qu’elles font et où elles vont.

Fondamentalement, l’ouverture des frontières permet aux jeunes des pays potentiellement radicalisés de circuler, d’échanger, de s’ouvrir au monde et donc de devenir moins poreux à une idéologie haineuse.

* L’ouverture des frontière favorise la sécurité internationale

- L’ouverture des frontières désarme les réseaux de passeurs qui menacent la sécurité et le développement des pays où ils sévissent.

- L’ouverture des frontières améliore les relations internationales. La gestion des flux migratoires avec la fermeture des frontières, le renvoi dans le pays d’arrivée (système « Dublin ») ou vers des centres installés dans des pays en périphérie génère des tensions graves entre pays européens (voir la crise entre l’Italie et la France à propos de l’Aquarius). Les inégalités entre pays du Nord et pays du Sud dans l’accueil des réfugiés ne peut qu’avoir des conséquences désastreuses dans l’équilibre géopolitique mondial (« On enferme les pays du Sud entre eux alors que ces pays du Sud ont accueilli les trois quarts des réfugiés dans le monde, même s’ils ne leur ont pas forcément donné le statut de réfugié : l’Iran, le Pakistan, la Turquie ont été des grands pays d’accueil de la crise afghane, de la crise irakienne. Le Sud accueille en fait beaucoup. S’agissant des déplacés environnementaux, c’est aussi une migration Sud-Sud : souvent pauvres, ces déplacés restent dans des pays proches des leurs. » [11]). L’ouverture des frontières s’inscrit dans des relations Nord-Sud plus équilibrée où le Nord renonce à ses politiques prédatrices (de ressources, d’équilibre écologique,..) envers le Sud.

3) L’ouverture des frontières favorise l’économie

* L’ouverture des frontière permet de dynamiser les pays de destination.

Les immigrés arrivés dans des conditions normales (sans être brisés psychologiquement et physiquement par les violences du voyage et des conditions de vie en arrivant) et ayant les mêmes droits que les autochtones peuvent déployer toutes leurs compétences, rajeunir la population, répondre à certains manques de main d’œuvre, créer des entreprises, augmenter l’activité et la demande. Ils ne « prennent pas le travail » des personnes du pays de destination (on sait depuis J.M Keynes que le travail n’est pas un gâteau à partager, mais qu’il s’accroit avec les personnes actives lorsqu’elles peuvent travailler dans de bonnes conditions) mais augmentent le dynamisme global de l’économie. Ils peuvent donc payer des impôts et des cotisations sociales, ce qui consolide les finances de l’État et du système de protection sociale. Parmi eux, se trouve sans doute une proportion de fraudeurs et de profiteurs, mais qui n’est pas plus grande que celle de nos concitoyens (la fraude sociale concerne au grand maximum 1,5Md€ et est sans commune mesure avec la fraude fiscale (21Md€) [12]et l’évasion fiscale (80Md€ par an)). Autrement dit, la libre circulation des personnes représente une menace infime pour notre économie en comparaison de la libre circulation des capitaux et du comportement de ceux qui en profitent !).
L’approche Maussienne [13] permet de comprendre que le don à travers la protection sociale ne crée pas le fameux « appel d’air » ni le fameux risque d’être exploité, voire pillé. En effet, ce don, cadré, intégré dans des rituels de versement des prestations, s’articule intrinsèquement avec l’obligation de recevoir et de rendre. La manière de rendre le don est très codifiée : il s’agit de l’obligation de cotiser selon ses moyens. Cette dynamique, est certes encadrée juridiquement, mais elle fait appel à des constantes universelles archaïque, quasi-instinctives. Ces trois obligations de donner, rendre et recevoir sont ancrées dans le psychisme humain. Certains s’y soustraient mais leur proportion est toujours du même ordre qui est minime et parfaitement assumable par la société. Cette frange irréductible et marginale ne peut en aucun cas être une menace. Il faut nous désintoxiquer de notre conception de l’être humain comme homo œconomicus pour cesser de voir les migrants comme des êtres habités par le soucis de maximiser leurs profits individuels et pour ouvrir, au contraire, les yeux sur leur dimension d’homo donator [14]. Celle-ci est n’est pas une utopie. Elle est quantifiable facilement. Le poids financier de l’immigration dépend des études et des années où sont réalisées les études, mais le solde est le plus souvent très positif et lorsqu’il est négatif c’est dans de faibles proportions [15]. Par exemple, sans les étrangers accueillis en France depuis 1960, nous ne serions pas la 6ème puissance mondiale mais la 8 ou la 9ème (les étrangers accueillis sur notre sol depuis 1960 représentent aujourd’hui avec leurs descendants près de 10 millions d’habitants, autrement dit 15% de la population) [16].
L’ouverture des frontières est également le remède au vieillissement des pays Européens et au manque de main d’œuvre. « Si on ouvrait plus l’immigration de travail, on aurait moins de demandeurs d’asile » [17].

L’ouverture des frontières, assortie des mêmes droits au migrants notamment concernant le travail, évite, enfin, l’actuel dumping social lié à des travailleurs sans droits corvéables à merci.

* L’ouverture des frontières permet d’économiser des millions d’euros chaque année.
Le budget de Frontex est d’environ 330 millions d’euros par an et devrait augmenter considérablement dans les années qui viennent. L’ouverture des frontière permettrait également (et nécessiterait...) de faire disparaître le business lucratif qui s’est développé autour de la surveillance des frontières, la création et de la gestion de centres de rétention et d’accueil, souvent au mains d’acteurs privés [18]. L’ouverture des frontières permet de ne pas avoir des milliers de migrants rendus malades par les conditions de leur arrivée et de leur attente dans des conditions délétères suite à la politique de fermeture des frontières, qu’il faut soigner et qui ne sont plus en mesure de donner le meilleur d’eux-même.

4) L’ouverture des frontières répond au défi de l’identité culturelle

L’arrivée de populations issues d’autres cultures remet effectivement en question l’identité culturelle des pays de destination. Mais là encore, il faut ouvrir le champ et ne pas rester prisonnier d’un cadre de réflexion étroit. Les mouvements migratoires sont une conséquence des bouleversements du monde. Ce sont ces bouleversements qui remettent en causes nos cultures et nos identités. À cause de la montée du niveau des mers, nous seront obligés de vivre sur des territoires plus restreints. À cause de la pollution, de la salinisation des sols, de la désertification, certaines zones sont en train de devenir inhabitables. Nous sommes acculés à nous réorganiser au niveau mondial, macroscopique, à créer de nouvelles cultures et de nouvelles identités, à partir de celles existantes, nécessairement mélangées et à partir de l’affrontement, en commun, des adversités. L’ouverture des frontières est la meilleure préparation et le meilleur outil pour que nos cultures et nos identités donnent le meilleur d’elles-mêmes dans ce monde qui vient.

Il apparaît, donc, clairement que l’ouverture des frontières, approche essentiellement pragmatique, ne se pose ni la question de l’accueil, ni la question de la protection mais qu’elle résout ces deux problèmes simultanément. L’accueil qu’elle induit n’est pas de l’ordre de l’hospitalité mais il est simplement de l’ordre de la mise en place de moyens (structures d’hébergement, cours de français,...) pour recevoir celui qui arrive et l’aider à trouver sa place, celle à partir de laquelle il va à son tour contribuer à l’économie et à la vie sociale. La protection qui est réalisée par l’ouverture des frontières n’est pas d’ordre défensif, comme dans le cas de la dialectique « Accueillir / Se protéger ». Elle découle simplement de l’éviction de la violence grâce à la synergie et à la régulation des relations qui se met en place entre migrants et citoyens du pays de destination et, d’autre part entre les pays de départ et les pays d’arrivée eux-mêmes.

Ce dynamisme de l’ouverture des frontières est lié à la circulation du don. Les migrants ne sont plus en dette, comme dans la logique pure de l’hospitalité. En arrivant non traumatisés et en étant reçu sans être humiliés, ils peuvent s’inscrire dans un échange où le don est réciproque et synergique.

// Article publié le 25 mai 2019 Pour citer cet article : Vincent Laupies, « Migrations : sortir de l’aporie « Accueillir ou Se protéger »  », Revue du MAUSS permanente, 25 mai 2019 [en ligne].
http://www.journaldumauss.net/./?Migrations-sortir-de-l-aporie-Accueillir-ou-Se-proteger
Notes

[1Paul Watzlawick, Faites vous-même votre malheur, Paris, Seuil, 1984 ; Comment réussir à échouer, Paris, Seuil, 1988

[2Alain Morice, Yvan Gastaud, Nicolas Bancel, Catherine Withol de Wenden, Claire Rodier, François Gemenne, Michel Agier, Emmanuel Terray, …
Les auteurs du numéro de la Revue éthique publique citée en note 2.

[3Émigrer est un droit de l’homme inscrit dans la Déclaration Universelle des droits de l’Homme ( article 13))

[4L’hospitalité est, de toute façon, une notion qui ne permet pas de penser correctement la situation. Voir les réflexions éclairantes de Magali Bessonne, Le vocabulaire de l’hospitalité est-il républicain ?, Revue « éthique publique » n°1, vol 17, 2015, accessible en ligne

[5Voir par exemple, Joël de Rosnay, Le Macroscope, Paris, Seuil, 1975

[6Kennan, John (2013), « Open borders », Review of Economic Dynamics, vol. 16, no 2, p. L1-L13.
DOI : 10.1016/j.red.2012.08.003

[7Emmanuel Terray, De quelques fausses évidences sur l’immigration, Revue Altermonde, Automne 2005

[8François Gemenne in « Ouvrir les frontières, les six preuves que l’on a tous à y gagner », L’Humanité.fr, 11/11/2014

[9Michel Agier et François Gemenne, Dix raisons d’ouvrir les frontières, BibliObs, 27/6/2015

[10Boszormenyi-Nagy I, Krasner B, Between give and take, New York, Brunner Mazel, 1986

[11Catherine Withol de Wenden, id.

[13Mauss M, Essai sur le don ; Forme et raisons de l’échange dans les sociétés archaïques, Paris, PUF, 2012 (1924)

[14Gotbout JT , Le don, la dette et l’identité ; Homo donator versus homo œconomicus, Montréal, Boréal, 2000, 189 p.

[16id

[17Catherine Withol de Wenden, L’ouverture des frontières sera le grand combat du XXIème siècle, interview du 11/12/2015 aux Inrockuptibles.

[18Xénophobie business, Paris, La Découverte, 2012

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