La générativité sociale comme réponse à la crise du capitalisme

Cet article est le résultat d’un travail collectif pluriannuel, par un groupe de recherche interdisciplinaire. Parmi d’autres, nous remercions surtout Monica Martinelli, Patrizia Cappelletti et Laura Gherardi.

Prémisses : la crise du capitalisme et son impasse

L’organisation économique des démocraties occidentales se trouve aujourd’hui à un tournant. La crise commencée en 2008 condamne le modèle de développement qui a dominé ces trente dernières années et, avec lui, la culture et l’anthropologie qui l’ont soutenu. Un modèle d’exploitation intensive des ressources, qui se fondait sur une consommation insoutenable des ressources du côté de la production, et sur une consommation individualisée et reposant sur l’endettement du côté de la consommation.

C’est donc le modèle de l’hyperconsommation individualisée qui a soutenu la croissance dans la phase précédente qui est en question. Et, avec lui, le modèle d’autoréalisation qu’il sous-tend : performatif et individualisant, au point d’être conçu toujours comme une réalisation contre, et jamais avec, les autres. Un modèle « expressiviste » (Taylor, 1989), fondé sur une conception monadique du Moi, dont l’authenticité émergerait exclusivement par opposition et au détriment d’autres.

Les conséquences négatives de l’adoption de ce modèle ont explosé dans toute leur puissance. Il s’agit de l’affaiblissement des liens sociaux et des significations partagées, de l’anomie et de la souffrance psychique dénoncées par une bonne partie de la sociologie récente. [1]

La crise économique a miné les prémisses anthropologiques du modèle capitaliste parce qu’elle est également, ou peut-être surtout, une crise du désir [2] : une crise de projection dans le futur, de sens partagé, bref, une crise du modèle utilitariste et matérialiste.

Il y a désormais une reconnaissance de la faillite du modèle capitaliste. Un modèle qui ne peut être relancé, parce qu’il a consumé les ressources sur lesquelles il se fondait.

Une nouvelle idée de développement, plus qualitative et pluridimensionnelle, est aujourd’hui reconnue comme nécessaire.

C’est vraiment révélateur que même sur les pages de l’Harvard Businnes Review on appelle à une vision capable d’aller au delà du capitalisme et de son anthropologie individualiste, quand Porter et Kramer (2011) parlent de création de ’valeur partagée’ :

« Le concept de valeur partagée (shared value) reconnaît que ce sont les besoins de la société et pas uniquement les besoins économiques conventionnels qui définissent le marché ». Et encore : « La valeur partagée consiste à étendre la dotation globale de la valeur économique et sociale » (Porter-Kramer, 2011:71).

L’idée de fond est que la production de valeur économique, dans la phase du capitalisme qui s’ouvre, est liée à la relation entre les sujets et entre ces derniers et leur environnement.

Cette reconnaissance de la part des économistes rencontre une nouvelle exigence de la part du milieu social : une demande sociale émergente de réalisation de soi au moyen des différents liens (relationnels, institutionnels, environnementaux...) inhérents à notre condition. Elle sous-tend une conception de l’homme comme personne-en-relation très différente de celle de l’Homo oeconomicus, ainsi qu’une conception de la valeur plus ample par rapport au simple résultat économique. Le nouveau modèle de développement aujourd’hui ne peut que se fonder sur des prémisses anthropologiques relationnelles.

Mais quelle relation ?

Au delà de la crise : l’idée d’une générativité sociale

La question de laquelle nous sommes partis c’est donc comment (et si) il est possible d’aller au-delà de la société de consommation, qui depuis plus de 50 ans est le modèle dominant dans les sociétés avancées. Car, malgré les critiques, il continue à dominer l’imaginaire de la liberté, sans alternatives viables.

Après la crise de 2008, le modèle socio-économique qui réduit l’auto-réalisation et la liberté à la consommation a montré toute sa faiblesse, ainsi que son insoutenabilité. Et pourtant, tristement, la seule solution qu’on sait imaginer c’est comment revitaliser la consommation.

Il y a aussi la question de l’avènement de l’automatisation. Comme avait écrit Hannah Arendt dans La condition de l’homme moderne, cela va libérer les hommes du fardeau du travail. Mais l’époque moderne a transformé la société entière en société de travailleurs/consommateurs [3].

Un problème se pose donc dans le sens où « c’est une société de travailleurs que l’on va libérer des chaînes du travail, et cette société ne sait plus rien des activités plus hautes et plus enrichissantes pour lesquelles il voudrait la peine de gagner cette liberté ».

Après la crise nous sommes donc une société de consommateurs sans moyens et de travailleurs sans travail. Peut-être le temps est-il propice à imaginer un autre chemin que celui de l’impératif économique ’il faut continuer de consommer’ ou bien de l’impératif moral ’il faut consommer moins’. Il faut sortir de l’impératif moral de la restriction et développer plutôt une nouvelle idée de développement intégrale et positif.

Donc nous voulons suggérer un nouveau paradigme, qui a ses racines dans la pensée de plusieurs auteurs classiques et contemporains dans la psychologie et les sciences sociales, et qui essaie de valoriser la possibilité d’une action sociale positive et créative, d’un ’commencement’ positif, sans tomber dans la perspective individualiste et auto-référentielle du ’moi souverain’ et dans les narratives idéologiques de la puissance (une position qui a prouvé combien elle est extrêmement dangereuse, ainsi que totalement irréaliste).

C’est en effet la même question que s’est posée Arendt : Comment une liberté est possible en conditions d’aucune souveraineté’ ? Nous proposons donc l’idée de ’action sociale générative’, ou ’générativité sociale’.

Origine du terme

Le terme ’générativité’ vient de la psychologie et a été utilisé par Erik Erikson (1950) pour indiquer une forme d’auto-réalisation dans laquelle l’individu, en harmonie avec le dynamisme de la vie et en agissant d’une façon positive et créative mais pas prédatrice, est capable de contribuer à son milieu, en favorisant la réalisation d’autre individus.

Cette perspective offre une alternative au mainstream, au moins pour deux raisons :

- il présuppose autant qu’il cultive une anthropologie de la relation plutôt que de l’individu

- Il va présenter une modalité complémentaire (pas une négation, ou une substitution) par rapport à la consommation. Il s’agit plutôt de ne pas absolutiser un mouvement qui est sans doute constitutif de l’humain, et plutôt de le balancer avec un autre également constitutif, qui a été pénalisé et dévalué dans la culture contemporaine : donc il ne s’agit pas seulement d’incorporer, mais aussi d’excorporer ; pas seulement de prendre, mais aussi de doter.

Dans son étymologie, ’générer’ a la racine gen qui se trouve en générosité mais aussi en génialité, génitorialité : c’est à dire dans les mots qui indiquent commencement, fleurissement, capacité de porter au monde quelque chose qui peut durer.

Dans tous cas, le commencement ne descend pas d’un impératif moral, mais d’un désir intérieur. Un désir qui naît comme réponse personnelle à quelque chose d’extérieur, mais ne peut pas être réduit à une réaction quand même.

Une première distinction par rapport aux gestes simplement créatifs, ou bien instrumentaux, repose sur le fait que l’action générative se caractérise par un mouvement d’affection vers ce qui a été mis au monde, en étant conscient de ne pouvoir pas le contrôler, le tenir [4].

L’action générative donc produit un double-positif : l’acteur gagne satisfaction en même temps que le contexte est amélioré.

Pour donner une fondation théorique à cette perspective de la générativité sociale, nous allons suivre un parcours qui repère un fil rouge de concepts voisins à travers la psychologie et les sciences sociales (comme l’idée de ’natalité’ chez Arendt, ou bien de ’capacitation’ chez Nussbaum et Sen) mais qui aussi, nous espérons, est capable d’illuminer la spécificité de cette idée et sa possible contribution à l’intelligence du présent pour imaginer un avenir au delà de la crise.

1- La racine psychologique

En 1950 Erik H. Erikson’s publia Childhood and Society. Dans cette étude l’auteur décrit l’existence individuelle comme une succession de huit étages, qui aboutit à la maturité de l’individu, qui passe de l’être comme objet de soin à être un sujet qui prend soin des autres. Une évolution qui, en tout cas, n’est ni nécessaire ni automatique, où l’entrée dans chaque étage comporte plutôt le risque d’une crise, car l’individu ce trouve dans l’alternative entre deux directions opposées : la progression et la régression.

Le septième étage en particulier est caractérisé par le dilemme entre générativité et stagnation (c’est à dire auto-référentialité). C’est seulement si et quand on abandonne l’orientation centrée sur soi-même, typique de l’adolescence, qu’on devient capable de s’ouvrir et d’interagir positivement avec le contexte [5].

C’est à dire que, en devenant adulte, l’individu est capable de générer : pas seulement en un sens biologique, mais aussi bien en un sens plus large.

Pour cette raison, la générativité n’est pas seulement l’action de ’mettre au monde’, mais comporte d’autres dimensions, comme prendre soin de ce qu’on a (ou aussi bien autres ont) généré et essayer aussi d’améliorer, cultiver, faire du monde un meilleur endroit pour le bénéfice des générations futures (Mc Adam 2004).

Il en ressort une idée de liberté qui ne peut pas être réduite à ’faire un choix’. Le choix est seulement un élément (et même pas le plus important) d’une processus bien plus complexe impliquant créativité, initiative, affection, engagement, projection dans l’avenir...

Être responsable de quelqu’un ou de quelque chose est un chemin pour tirer le meilleur de soi-même, et en même temps pour entrer en relation efficace avec la réalité.

Selon cette perspective, nous pouvons lire la crise de la société de consommation contemporaine comme une incapacité à surmonter la phase adolescent de la liberté.

Il est important de souligner que la générativité n’est pas l’effet d’un impératif moral de l’extérieur. Plutôt, c’est le début d’un mouvement de l’intériorité grâce auquel les individus ’fleurissent’.

Dans cette perspective, la liberté ne peut pas se réduire à sa dimension négative (se libérer de). Le défi positif de se motiver à quelque chose est en jeu plutôt, en prenant sa responsabilité vers le monde comme possibilités de créativité et réalisation personnelle.

Plus récemment l’idée de générativité a été utilisée par la ’psychologie de la générativité’ de

Dan P. McAdams and Ed De St. Aubin (1992, 2004), qui ont contribué à signaler la dimension sociale du concept, à travers l’identification (après des études empiriques) de la ’personnalité générative’.

Ils ont observé que cette disposition générative peut émerger soit dans une trajectoire linéaire de développement de personnalités bien intégrées, soit dans des biographies plus complexes, quelquefois même comme effet inattendu après un échec, un choc ou bien une blessure physique.

En bref, dans la psychologie contemporaine l’adjectif ’génératif’ est utilisé pour indiquer une personnalité résiliente, capable de répondre positivement aux évènements, grâce à son orientation caractérisée par une foi substantielle dans le futur aussi bien qu’un désir d’investir de l’énergie dans des formes de vie qui vont durer au delà de soi-même.

2- La générativité comme concept sociologique

Puisque les études dans la psychologie sociale montrent que la personnalité générative produit des effets sur des sphères sociales plus larges, nous pensons qu’il est possible d’aller au delà d’une approche purement psychologique et de parler de ’générativité sociale’.

Pour en arriver là, nous utilisons aussi le résultat d’un projet de recherche au long cours, qui se déroule depuis 2012. Un des résultats et l’ensemble des instruments de la recherche est l’archive en ligne ’Générativité. Archive de la générativité sociale’ (www.generativita.it), où l’on peut trouver plus de 100 études de cas relatifs à trois grands secteurs : l’entreprise, les politiques sociales et les associations, la promotion du territoire.

La méthodologie des cas empiriques est composite : à côté de la méthode traditionnelle d’études de cas (qui comprend ethnographie, recueil d’entretiens et histoires de vie) on utilise aussi l’instrument de l’analyse visuelle, à travers la production de brefs documentaires qui renvoient aussi aux éléments du contexte, ainsi que la ’voix’ des protagonistes, qui offrent leurs récits personnels.

A côté des vidéos, on trouve dans l’archive d’autres matériaux de discussion, des commentaires du cas, des articles sur les cas etc. L’idée est que l’archive ne soit pas seulement une vitrine de ’bonnes pratiques’, mais plutôt un lieu vivant d’inspiration, possible lien entre des expériences similaires, discussion, activation de projets. L’objectif ambitieux est celui d’une recherche-action.

Les données recueillies nous montrent que la générativité n’est pas seulement un fait biologique, ni ne peut être considérée comme un trait exclusif des personnalités charismatiques. Plutôt, les données suggèrent que la disposition générative est à la fois une source de satisfaction personnelle, en raison du fait d’être actives et responsables, et une condition favorable pour diriger et guider groupes, organisations, entreprises. Une disposition créative pour les personnes, positivement orientée vers le contexte aussi bien que vers les générations futures, comme champ d’expression de la liberté personnelle et aussi chemin de satisfaction. Mais aussi une logique d’action spécifique, qui est réalisé par des actions reconnaissables : pour cela, nous pouvons parler d’une ’action sociale générative’ (ASG).

En plus, les évidences empiriques montrent que cette disposition n’est pas seulement le moteur d’actions individuelles. Il s’agit plutôt d’un processus social distinctif qui, en adoptant une logique non purement instrumentale mais intégrale et ouverte, est capable de donner une nouvelle forme à organisations, communautés, entreprises, mouvements sociaux, politiques locales.

En d’autres termes, l’action sociale générative dépasse la relation dualiste je-tu, aussi bien que celle du cercle restreint.

Sur cette base, il est possible de proposer une première définition de ASG.

On dit qu’il y’a ASG quand :

- une initiative entrepreneuriale dans le champ économique, social, politique ou bien culturel peut apporter quelque chose de nouveau dans le monde, ou bien est capable de renouveler, régénérer quelque chose qui existe déjà
- ce faisant, elle est en mesure d’offrir une contribution originale, reconnaissable et durable au contexte social et aussi
- efficacement et consciemment promouvoir la capacitation des autres, grâce à l’autonomisation directe ou l’amélioration indirecte des conditions contextuelles, comme sa finalité ultime, d’une manière qui (positivement) dépasse les attentes et (négativement) échappe au contrôle. [6]

L’ASG est donc un processus social dynamique qui se déroule dans une variété d’organisations et de groupes dont l’effet est aussi de contester l’institutionnalisation sociale – selon les termes de Weber comme une désintégration à laquelle toute initiative tôt ou tard est vouée - non seulement par l’innovation technique ou le re-enchantement d’un nouveau commencement, mais aussi par la capacitation des autres. Puisque elle met en place les conditions qui favorisent la réalisation autonome des autres, l’ASG sociale peut agir comme un antidote aux excès de l’institutionalisation [7].

En avançant à travers un mouvement circulaire - stimulus externe / réponse personnalisée sous la forme d’initiative originale / obligation affective / exemplarité / mobilisation / capacitation des autres comme une condition préalable à de nouvelles initiatives - l’ASG crée des liens durables, dynamiques, ouverts au changement, pluriels et intergénérationnels. [8]

2.1 Le désir comme précondition de l’action sociale générative

Le désir est certainement crucial dans la société de consommation, pour la capacité du capitalisme contemporain d’exploiter cette attitude individuelle comme carburant reproductible pour soutenir la croissance économique.

Dans le paradigme de la générativité le désir est plutôt une énergie interne, qui ouvre constamment le Soi vers une aspiration non saturable. Un désir qui apporte créativité dans le monde, inspire des soins, et donne de l’importance aux autres, en supportant leur capacité et autonomie.

C’est le moyen par lequel le sujet - poussé au-delà lui-même - est capable de transcendance de soi, de devenir ex-centré (comme Scheler avait souligné).

Alors que la société de consommation prétend combler le vide subjectif, l’ASG suit la piste opposée, cherchant la satisfaction dans la création de quelque chose de nouveau au-delà de soi-même. Le désir apparaît plutôt comme une réponse créative à un stimulus externe, soit positif soit négatif (un traumatisme, un besoin social insatisfait, un patrimoine hérité, une occasion inespérée..) que, en contestant le sujet, appelle à un nouveau, souvent inattendu, début.

Dans cette perspective, le désir apparaît comme un mouvement constitutivement relationnel.Cela signifie que l’action sociale générative ne ressort pas de la pure volonté d’un créateur, comme une simple transition de la puissance à l’agir, ni n’est le résultat d’un simple calcul rationnel.

C’est plutôt un processus relationnel ouvert intégré (avec la situation, l’héritage, les autres sujets impliqués, les événements), qui permet aux potentialités inattendues d’ émerger. Et qui permet aussi une ’double herméneutique’, c’est à dire une différente compréhension de la réalité et de ses possibilités ainsi que une nouvelle compréhension de soi de la part des acteurs.

Dans notre perspective l’action sociale générative n’est pas seulement quelque chose qui enrichit le sujet et son milieu immédiat. C’est aussi une ’action qui parle’, qui a une valeur d’exemplarité (et donc d’inspiration, mobilisation) à travers l’espace et le temps.

2.2 L’action sociale générative comme ’action qui parle’

Ici nous on se réfère à la forte analogie entre action et texte que Paul Ricoeur a thématisé de la façon la plus convaincante.
Donc la générativité sociale fait un « discours » à l’aide non seulement des mots, mais aussi des faits. En conséquence, l’ASG peut être fructueusement interprétée dans le cadre des actes de langage.

2.2.1 La dimension locutoire et illocutoire de l’action sociale générative

L’action a la structure d’un acte locutoire dans la mesure où il a un ’contenu propositionnel’ que nous pouvons identifier : l’action a aussi une « qualité », qui constitue son ’illocutoire’ caractère : en ceci que chaque type d’action révèle des traits qui la rendent reconnaissable.

Vue dans sa dimension illocutoire, l’ASG est un processus social complexe structuré autour de trois éléments observables empiriquement et interconnectés (mettre au monde, prendre soin, lâcher) qui peuvent être activés sur la base d’une condition préalable (désirer).

Nous pouvons dire que la condition préalable et les trois éléments, dans leurs relations mutuelles, définissent la générative sociale.

Mettre au monde

Quand le désir prend forme, une aspiration générique devient une réalisation concrète. Ceci est le moment de la création et de l’entreprise qui transforme le processus de génération en un fait social.

Comme H. Arendt l’a suggéré, l’expérience du mettre ou monde est essentiel à la liberté : en tant qu’êtres humains, nous sommes « nés pour commencer », apporter notre contribution originale dans le monde et laisser une trace de notre passage. Mais c’est toujours un mouvement de relation : nous pouvons mettre au monde parce que nous avons été amenés dans le monde ; nous pouvons donner parce que nous avons reçu.

Bien que négligé dans la société de consommation, cet aspect reste une aspiration anthropologique cruciale : dans un sens plus profond, choisir n’est pas simplement prendre une décision au sein d’un ensemble donné de possibilités. Également, et peut-être surtout, il implique la possibilité de faire quelque chose de nouveau, d’une manière originale.

L’action sociale générative possède donc un profil entrepreneurial distinctif, comme une capacité d’initier quelque chose efficacement.

« Mettre au monde » implique aussi une dimension affective, un investissement émotionnel massif. Sans un tel investissement, fait d’enthousiasme et de passion, un processus génératif ne peut pas avoir lieu.

Prendre soin

Si nous aimons ce que nous avons contribué à mettre au monde, nous sommes également motivés à l’equipper pour son maintien et sa durabilité. Un mouvement qui est l’un des « soins ».

Les résultats empiriques montrent très clairement que lorsque les gens adoptent une logique générative, en prenant soin de ce qu’ils ont contribué à mettre au monde, ils reçoivent beaucoup d’énergie en termes de satisfaction et de réalisation de soi, comme un effet inattendu.

Prendre soin, en fait, est une pratique qui engage profondément les sujets dans toutes leurs dimensions car ils peuvent exprimer et, en même temps, cultiver leur propre personnalité, originalité, compétences.

Lâcher

La dernière étape dans le processus génératif est très difficile à accomplir, mais essentiel. En fait, sans « lâcher » l’ensemble du processus génératif échoue : car il n’y a ASG que lorsque l’initiative ne se termine pas dans une forme fermée, auto-référentielle de dépendance mutuelle.

Le problème se pose lorsque les soins et l’affection ont tendance à la possession de ce qui a été mis au monde, provoquant son étouffement. Seulement si on est capable de lâcher, qui toujours comporte l’acceptation d’une perte, ’donner naissance’ ne se transforme pas en narcissique affirmation et ’prendre soin’ ne se traduit pas en l’étouffement de ce qu’on a mis au monde.

L’action sociale générative implique l’estimation de ce risque et donc essaie d’établir un lien social spécifique, différente à la fois de la domination et de l’obligation : plutôt une marque de capacitation et de liberté. C’est la preuve ultime que la générativité sociale n’est pas seulement une rhétorique.

Cela établit un type spécifique de liaison sociale où le sujet peut découvrir que sa véritable réalisation vient à contribuer à la réalisation des autres, à leur liberté, au-delà de toute logique de contrôle ou de domination. On est conscient qu’on perd le contrôle sur ce qu’on transmit, et pourtant qu’il y a quelque chose d’indispensable dans cette perte, comment dur peut être, sans lequel rien de nouveau peut naître.

Lâcher peut en effet apparaître seulement comme une privation, mais ce n’est qu’un aspect de la question : une dépossession nécessaire pour quelque chose au-delà de l’initiateur peut prospérer. De cette manière, tous ceux qui sont venus au monde grâce à nous peuvent donner librement leur propre contribution, plus souvent d’une façon que nous n’avions pas prévue ni imaginée.

Lâcher est un mouvement crucial pour l’ASG, car il établit une transition fructueuse dans les relations entre les générations aussi : ce qui reste comme patrimoine ouvre, plutôt que de fermer, de nouvelles opportunités afin que tout le monde soit mis dans la condition de générer à la fois.

Voilà pourquoi il est possible de se référer à l’ASG comme un acte de ’ex-corporation » (vs l’incorporation de la consommation), qui contribue à la réalisation autonome d’autres personnes comme une question de satisfaction personnelle, plutôt que comme un devoir moral.

De ce point de vue, l’ASG contribue à renforcer la personnalisation tout en stimulant les attitudes résilients contre la normalisation et dépersonalisation dans lequel la consommation risque de nous faire tomber, surtout quand il constitue l’activité expressive principale ou unique pour la majorité des personnes.

En stimulant les désirs et la créativité individuelle, et aussi la transmission des expériences, l’ASG met en circulation un « surplus » de la valeur : un mouvement opposé au gaspillage des ressources sans retour - qui est capable de contrer indifférence et insouciance, parmi les pires conséquences d’une société de consommation.

2.2.2 Les dimensions perlocutoires de la générativité sociale : autorisation, intertemporalité, exemplarité

La dimension perlocutoire de l’ASG a à voir avec les effets qu’elle produit bien au delà des objectifs qui définissent sa propre action. Elle est aussi strictement liée au caractère relationnel et contextuel de la générativité.

L’ASG peut être saisie en termes d’une spirale ouverte autour de trois dimensions :

i) une dimension relationnelle entre soi et autre de soi. Il s’agit d’une relation spécifique que nous appelons autorisation

ii) une dimension temporelle entre laquelle passé, présent, futur sont reconnectées : on l’appelle intertemporalité

iii) une dimension contextuelle dans laquelle les dichotomies stériles tels que ceux de public et privé, ou bien particulier et universel sont recomposé dans la même identité narrative : on l’appelle exemplarité

Autorisation

Dans la vie sociale les relations sont surtout asymétriques : père / fils, maître / disciple, employeurs er / employés, et ainsi de suite. La modernité a fortement combattu les conséquences négatives de l’asymétrie, comme la domination, et certainement a réussi à libérer de vastes segments de la population de l’inégalité et de l’exploitation.

Le problème est que l’asymétrie ne peut être éliminée de la vie sociale. Il faut la reconnaître, la limiter. Mais la tentative moderne pour créer un monde purement symétrique - à opposer la domination avec l’équivalence (c’est à dire la disparition abstraite des différences) est vouée à l’échec, en même temps qu’elle provoque de nouvelles et plus subtiles formes de domination.

L’ASG ouvre un chemin différent. En tant que relation ouverte vers l’avenir, il est orienté vers l’activation / autonomisation des autres comme un moyen de satisfaire son propre désir : par capacitation directe de ceux qui sont défavorisés, ou bien par la création de nouveaux réseaux et alliances entre individus, groupes, organisations qui créent des nouvelles possibilités pour eux de devenir contributifs à la fois [9]. Grâce au changement qui est produit, les sujets initiateurs du processus sont eux-mêmes régéneré.

Cela implique une façon particulière d’interpréter l’autorité et le leadership. Ni comme une forme de domination (exploitation de l’asymétrie), où bien de paternalisme (qui maintient le contrôle), ni comme une position procédurale ’neutre’ (niant une asymétrie qui continue de facto). Au contraire, comme un effort pour transformer le différentiel de compétences et pouvoir dans une occasion d’ « autoriser » les autres, ce qui leur permet de devenir ’auteurs’ de leur propre vie : une chaîne qui relie les générations dans le temps.

Intertemporalité

Les cas analysés montrent en fait que l’horizon temporel de l’ASG n’est pas le court terme. Au contraire, l’ASG trouve une recomposition entre ’ici et maintenant’ (l’instant présent) et un horizon temporel plus large impliquant le passé (l’héritage des générations précédentes) et l’avenir (le patrimoine transmis, la responsabilité pour les générations futures).

Voilà pourquoi l’ASG est liée à l’innovation, l’investissement et la capacitation : en fait elle ne propose pas un modèle, mais plutôt indique un dynamisme antre lequel les gens deviennent capables de faire face aux nouveaux défis de manière originale.

En essayant d’offrir des conditions propices à la créativité, l’ASG cherche des chemins positifs, non-conventionnels (même dans des conditions critiques ou adverses) dans une perspective durable et à long terme.

En fait, c’est souvent dans le passé que l’identité présente, ainsi que la projection vers l’avenir, sont enracinées : inspiration, savoir-faire, symboles sont les ressources à partir desquelles l’ « unique » du présent est construit.

En étant reconnaissant pour ce qui a été transmis, aussi bien que responsable envers la postérité, la générativité sociale se déroule sur un laps de temps large, et est capable de combler le fossé entre les générations, en remettant le monde hérité des ancêtres aux jeunes générations.

Exemplarité

La séparation entre l’instrumentalité, la signification et l’affection est une caractéristique typique de la modernité. Dans ce cadre, les significations sont absorbées par des fonctions qui, par définition, mettent de côté tout lien affectif, vu comme une simple contrainte. Par conséquence, dans la modernité, nous sommes formés pour relations simplement instrumentales au sein d’une attitude largement détaché.

L’affection est réduite à des émotions épisodiques, tandis que l’instrumentalité et la signification sont situées en royaumes complètement séparés. La conséquence est une vie personnelle dyscrasique comme reflet d’une organisation sociale schismatique.

La dimension privée est de plus en plus une sphère purement émotionnelle et fonctionnellement séparée, tandis que celui du public, de plus en plus fonctionnalisés, est un champ de bataille de communication où les significations ne sont que des armes utilisées pour dominer.

La conséquence est le relâchement de la tension positive entre ces différents pôles dont la complémentarité est essentielle à l’expérience humaine, avec toutes les conséquences négatives que nous pouvons témoigner, en terme de la tyrannie de la technocratie et de nombreux pathologies dans les relations sociales.

L’ASG est une concept synthétique, qui est capable de ré-ouvrir une réciprocité dialogique entre différentes dimensions, tout en reconnaissant et en renforçant le lien profond entre « privé » et « public », individuelle et sociale, instrumentale et significatif.

Parce qu’il ’parle’ au contexte environnant, l’ASG peut jouer un effet d’exemplarité, c’est à dire encourager l’initiative par d’autres.

L’exemplarité est un effet de l’ASG qui permet de surmonter à la fois le côté ’impersonnel’ normatif de la vie sociale et l’incommensurabilité ’particulier’ de personnalités charismatiques individuels. Dans sa concrétude, c’est à dire sa forme inévitablement limitée et imparfait, l’ASG révèle quelque chose d’ universel [10], en laissant au même temps un espace de contribution possible pour d’autres.

L’action sociale générative peut aussi parler bien au-delà du temps dans lequel il se produit, contribuant de cette façon à ’coudre’ les dimensions autrement dispersées du temps, dans un cadre intertemporelle.

Il y a un surplus d’énergie et de nouveauté que l’ASG peut apporter dans le monde, parce que l’exemplarité diffère de l’impératif moral (qui ne peut être atteint ou bien rejeté) ainsi que d’un droit social ou d’un modèle abstrait (qui peut être - ou être non - respecté / reproduit).

L’ASG c’est pas un modèle (défini) à imiter, une « recette », mais plutôt une vie, une expérience inspirante qui encourage d’autres personnes à faire confiance à leurs propres capacités à apporter quelque chose de nouveau au monde commun, comme un moyen de réalisation de soi. Ce n’est pas simplement une question de bonnes pratiques, qui seraient répliquées grâce à des procédures formalisées. Il y a toujours un surplus de créativité et d’innovation.

L’ASG est plutôt une forme située (dans la concrétude des expériences et des obligations, dans un contexte et un temps particuliers), collaborative et contributive de réalisation de soi, qui peut être inspiratrice pour d’autres.

Dans certains cas, l’ASG est même capable de redéfinir les règles du contexte (par exemple en modifiant la régulation normative d’un champ) : quand un tel recadrage réussit, la dynamique générative produit l’un de ses effets les plus importants.

3 De l’action sociale générative à la société de la générativité

Même si elle dépend de l’initiative personnelle, l’ASG est tout sauf une action privée. Il peut créer des organisations, mobiliser des ressources morales, rénover et même transformer les paramètres institutionnels. En plus, en tant que processus impliquant une forme particulière de lien social, son héritage va bien au-delà de la somme des contributions individuelles des acteurs sociaux.

L’ASG, autrement dit, n’est pas le produit exclusif d’une personnalité individuelle particulière, ni l’effet prévisible d’une série d’éléments récurrents (même si des éléments récurrents sont reconnaissables).

Il est plutôt une ’action parlante’ qui produit un processus social spécifique, ouvert, dont les effets se produisent autour des trois axes de l’intersubjectivité (autorisation), temporalité (intertemporalité), contextualité (exemplarité).

L’ASG est donc un processus empiriquement observable. Son aspect locutoire (la nouveauté apporté dans le monde), se réalise en trois étapes : mettre au monde, prendre soin, lâcher. Ce sont les aspects illocutoires, qui exercent une force exemplaire capables de produire un type spécifique de lien social, qui contraste avec la routinisation et objectivation causée par la tendance innée à l’individualisation d’un côté, et l’institutionnalisation de l’autre. Les effets perlocutoire (autorisation, intertemporalité, exemplarité), en tant que se déroulent dans le temps, sont reconnaissables seulement rétrospectivement.

En encourageant les autres à prendre une initiative et ainsi contribuer à dynamisme social ce processus, à son tour, rétroagit sur ceux qui l’ont commencé, renforce leur motivation, permet une nouvelle herméneutique du monde aussi que de soi même, multiplie les ressources disponibles et nourrit l’innovation.

Une société qui permet, construit et renforce les infrastructures qui soutiennent des formes génératives de réalisation de soi est une « société générative ».

Un large champ de réflexion et d’intervention s’ouvre alors, comme R. Bellah l’a mis en évidence au début des années nonante, en utilisant de manière significative la même expression « politique de la générativité » : « Dans un ordre économique post-industriel, mondial, les anciennes catégories de base (matériel) et (institutionnel) superstructure perdent rapidement leur signification.(...) Il n’est plus une question de (...) l’infrastructure physique, mais l’éducation, les communautés socialement durables, et les capacités de gestion et politiques sont les clés de la croissance et de la prospérité. La politique de la générativité prend l’inclusion sociale et la participation comme un thème clé - pour des raisons économiques aussi bien que pour des raisons morales et sociales »(R. Bellah, R. Madsen, W. M. Sullivan, A. Swidler, S. M. Tipton, 1992 : 277-78).

Une société générative est également économiquement dynamique, plutôt que simplement socialement souhaitable : ce n’est pas une utopie. Stimuler de nouvelles façons de penser à la réalisation du Soi, peut contribuer à aller au-delà de la société de l’hyperconsommation, non dans une perspective de diminution, mais plutôt vers une nouvelle prospérité.

De ce point de vue, la générativité sociale peut rivaliser avec le consumérisme individualiste et en termes plus généraux avec la forme de réalisation individualisée encore dominante dans la culture occidentale.

Cela peut aussi avoir un impact économique fort : de la valeur partagée est créée, la connaissance sociale est désintermédié, le savoir-faire peut circuler.

Voilà pourquoi la générativité sociale a la chance d’émerger et de rivaliser avec l’individualisation à la fois économique et sociale.

Références

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Ars Industrialis, Économie de la contribution, http://arsindustrialis.org/economie-de-la-contribution

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Caillé Alain, Grésy Jean-Edouard, La Révolution du don. Le management repensé à la lumière de l’anthropologie, Seuil, Paris 2014

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Stiegler, Bernard, ´Le revenu contributif et le revenu universel’, Multitudes 2016/2 (n° 63), pp. 51-58.

Taylor Charles, Sources on thé self, Harvard University Press, Cambridge Ma, 1989

// Article publié le 17 décembre 2016 Pour citer cet article : Chiara Giaccardi et Mauro Magatt, « La générativité sociale comme réponse à la crise du capitalisme », Revue du MAUSS permanente, 17 décembre 2016 [en ligne].
http://www.journaldumauss.net/./?La-generativite-sociale-comme
Notes

[1Parmi les autres, Bauman, 2000 ; Sennett 2006, Stiegler 2011.

[2Sur Le Monde diplomatique Stiegler a parlé du ’désir asphyxié’ : https://www.monde-diplomatique.fr/2004/06/STIEGLER/11261

[3Selon Arendt, une société de consommation est une autre façon de nommer une société de travailleurs, car le travail et la consommation sont deux stades d’un même processus imposé à l’homme par la nécessité de la vie les autres.

[4Dans les autres cas, au contraire, l’individu reste le propriétaire de ce qu’il a créé, ou bien il reste détaché de ce qui vient avant et après de lui.

[5Autrement on reste piégé en soi-même comme dans une cage, on s’appauvrit en devenant boulimique, tout en essayant d’extraire de la valeur et d’exploiter les autres pour son propre bénéfice.

[6La dimension de la ’perte’, ainsi que cela de la réalisation, est inhérent à l’idée de ASG, comme évident dans sa dynamique interne, et in particulier dans son mouvement final, ’lâcher’ (voir par. suivante).

[7La {{}}tension positive entre action créatrice et routinisation est la même que Simmel avait reconnu entre ’vie’ et ’forme’ : les formes dans lesquelles la vie se réalise, bien que essentiel, sont toujours limitées. Et c’est précisément ce qui les dépasse qui peut mettre de nouveaux processus en mouvement.

[8La dynamique de l’ASG peut également contribuer à la rénovation de notre compréhension du rôle du « don » dans la vie sociale. Comme Mauss l’a dit, cet aspect est systématiquement négligé par les sciences sociales. Et pourtant, il est crucial pour comprendre un grand nombre de dynamiques sociales (Caillé 2000 ; 2014). L’ASG peut offrir une contribution importante à ce débat, car une forme particulière de don est en jeu. En fait, il ne se fait pas entre égaux, mais dans un contexte asymétrique et au même intertemporelle, à travers le temps et les générations.

[9Sur l’économie de la contribution : Stiegler 2011 ; 2016.

[10C’est l’idée de ’vivant concret’ de Romano Guardini (1925).