Autisme et psychanalyse

Selon Libération (du 13 février 2012, p. 14), un rapport de la Haute autorité de santé (HAS) sur les recommandations de bonne pratique dans la prise en charge de l’autisme, à paraître le 8 mars, range la psychanalyse parmi « les interventions globales non recommandées ou non consensuelles ». ll est difficile de ne pas voir dans cette proclamation un énième épisode de la lutte à mort des psychologues ou médecins qui se veulent « réellement scientifiques » mais ne sont souvent que scientistes, contre tout ce qui déroge à leur dogme. Non qu’on puisse affirmer, en sens inverse, une efficacité supérieure en la matière de la psychanalyse, et il est peu douteux que certains psychanalystes aient commis autant ou plus d’erreurs encore que leurs rivaux. À vrai dire, la position la plus raisonnable est certainement celle du Professeur Bernard Golse, chef du service de pédopsychiatrie à l’hôpital Necker : « Dans l’autisme, rien n’est validé, tout marche si on y met le paquet. C’est l’intensité de la prise en charge qui compte. » Anything goes, en somme, comme le disait déjà le théoricien des sciences Paul Feryerabend.
Voilà qui doit inciter à réfléchir de manière plus fine que les experts de la HAS sur l’efficacité relative des diverses formes de psychothérapie. Or une étude « réellement scientifique » aboutit à des résultats bien différents des leurs. Comme ils pourront s’en convaincre en lisant, dans le dernier numéro de la Revue du MAUSS semestrielle [1], la présentation, par Pierre Prades, d’un article de Jonathan Shedler, « The Efficacy of Psychodynamic Psychotherapy » [2]. Cet article, qui se fonde sur la compilation et l’étude d’un très grand nombre d’analyses empiriques, apporte paradoxalement la preuve d’une efficacité thérapeutique supérieure de la psychanalyse sur toutes ses rivales en recourant à l’appareil statistique de démonstration qui, selon ses contempteurs, devait conduire au verdict de son inanité. P. Prades écrit ainsi :
« Il est donc… étonnant de voir l’efficacité de la psychanalyse confirmée par cet article sur le terrain même de ses détracteurs, contredisant ainsi le rapport de l’Inserm qui concluait à une plus grande efficacité des TCC sur la plupart des troubles psychiques, l’efficacité des thérapies psychanalytiques n’étant reconnue que pour les “troubles de la personnalité”. »
Shedler conclut au contraire à une plus grande efficacité des thérapies psychodynamiques, à contre-courant de ce qui avait fini par devenir une idée reçue. Mais l’intérêt de son article ne s’arrête pas là. « The Efficacy  », ce n’est pas seulement le degré d’efficacité d’une méthode comparée à d’autres, c’est aussi l’« efficace » de la psychothérapie, la raison de son efficacité. Et c’est sur ce point que l’étude de Shedler apporte des surprises. Non seulement les thérapies psychodynamiques sont au moins aussi efficaces que d’autres, mais l’efficacité de ces autres thérapies, surtout les TCC, résulterait du fait que leurs praticiens les plus compétents utilisent des « principes actifs » provenant de la théorie et de la pratique psychodynamiques, autrement dit de la psychanalyse.

Cf. la présentation de ce numéro du MAUSS.
Introduction en accès libre à télécharger ici (rubrique Vient de paraître, Mauss n° 38).

// Article publié le 13 février 2012 // 3 commentaires Pour citer cet article : Alain Caillé, « Autisme et psychanalyse », Revue du MAUSS permanente, 13 février 2012 [en ligne].
http://www.journaldumauss.net/./?Autisme-et-psychanalyse
Notes

[1N° 38, 2e semestre 2011 : « Émancipation, individuation, subjectivation. Psychanalyse, philosophie et science sociale (fin) ».

[2Paru en février-mars 2010 dans The American Psychologist.

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